— Oui, oui, on apprend les modes, je connais ça… Viens, ma petite fille, je demeure ici…

C’était dans l’Amstelstraat, au-dessus d’un magasin, près du Théâtre Judels. Les meubles étaient comme partout, mais il y avait une glace à trois panneaux, toute neuve, un piano, et un grand bouquet de roses et de lys blancs qui parfumait tout l’appartement.

— Je vais vite essayer mon chapeau pour voir… Attends, je demanderai d’abord le thé.

Elle sortit ; je l’entendis commander :

— Plusieurs tartines au fromage et à la confiture.

On apporta le plateau. Elle me versa une tasse de thé et plaça l’assiette de tartines devant moi.

— Mange, petite chatte, à ton âge on a toujours faim. Là, fais comme moi… J’ai assez d’une tartine ; les autres, il faut que tu les manges…

Elle mit le chapeau neuf sur ses tresses. Il était aussi en dentelle noire, mais avec un grand nœud de velours vert pour aller avec sa robe. Je n’avais jamais rien vu comme elle : sa peau brune me semblait veloutée.

— Il me va, n’est-ce pas ? Le tout est de savoir choisir, quand on n’a pas beaucoup d’argent.

Elle se plaça entre les panneaux de la glace, et je la vis répétée des trois côtés. Elle pouvait voir exactement comment son chapeau lui seyait de côté, et aussi derrière, à cause de la grande glace qui se trouvait en face au-dessus de la cheminée. Tout d’un coup, elle prit, du bout des doigts, les paniers de sa robe, fit un mouvement en arrière avec une jambe, se plia et dit, la tête un peu de côté :