— Corry, dit la seconde, Keetje va porter les trois chapeaux. Ne voudrais-tu surveiller le magasin ? Je devrais sortir, je serai vite de retour.

— Eh bien oui, pour une fois que nous sommes débarrassés des patrons et de cette teigne de première… Allez, je préparerai le chocolat pour quatre heures. Kee, tu en es…

La seconde sortit tout de suite. Je portai d’abord les deux autres chapeaux, voulant garder le plus longtemps possible celui que j’avais fait. Chaque fois que j’ouvrais la boîte, je le faisais tourner sur mon poing et demandais à ceux à qui je remettais les autres chapeaux comment ils le trouvaient. Enfin j’allai dans la ruelle ; je montai l’escalier droit et obscur, en me tenant au câble, et frappai à la première porte à gauche. La grand’mère ouvrit elle-même. Dieu ! quelle odeur de poisson ! il n’y avait cependant pas de poisson chez elle, mais tous ses vêtements en étaient imprégnés à empester jusqu’à l’escalier.

— Ah voyons… Aaltje, viens, mon ange, voir ton chapeau ! Oh qu’il est beau et frais ! il sonne comme une pendule. Ah…

La petite fille mit posément sa poupée sur la table… Dieu, quelle poupée ! C’est une poupée de riche…

Elle regarda tranquillement le chapeau. Sa grand’mère le lui mit sur ses cheveux fades.

— Oh, mais qu’il te va ! Oh, ce que tu es jolie !… Toi, toujours pâle, ça te relève, un chapeau aussi gai.

La petite se regarda, boudeuse, puis finit par rire.

— Ah tu ris, il te plaît. Cinq florins, et chez une modiste où il ne va que du monde riche, celui qui achète mes poissons. Je suis très contente, il est vraiment bien, oui, très bien… Veux-tu une tasse de thé avec une boule de sucre ? oui ?

Elle me versa une petite tasse de thé et me donna un « balletje ».