Je le conduisis à la Utrechtschedwarsstraat et lui montrai une cave, notre première demeure. Les enfants de tout âge jouaient sur le petit perron en contrebas de la rue ; il me semblait que c’était nous et je me rappelai comment une nuit, vingt ans auparavant, l’eau avait envahi notre cave.
Hein et moi, nous étions couchés sur notre paillasse, à terre, avec deux des autres enfants. Nous nous étions mis sur le ventre, la figure enfouie dans l’oreiller.
— Je vois les cercles, disait Hein. Ils avancent et reculent ; ils deviennent plus grands, puis plus petits ; ils sont jaunes, verts et violets ; on dirait qu’il y a une lampe derrière, tant c’est clair…
— Les miens, fis-je, sont rouges, bleus et orange. Ils deviennent plus larges et prennent toute la chambre ; ils tournent très vite… Oh ! voilà qu’ils changent : ils sont maintenant beaucoup, petits et de toute couleur ; il y a des tas de petites lumières qui tournent avec eux. Ah ! que c’est beau ! que c’est beau !… Que vois-tu maintenant ?
Hein ne répondait plus, il dormait.
Je me tins encore un instant la figure dans l’oreiller ; mais, avec la chaleur des corps et du lit, les puces commencèrent à me harceler. Je me mis sur mon séant.
Notre cave était obscure ; seuls, la lucarne du poêle et le couvercle un peu relevé projetaient quelques lueurs. Posées debout sur la table, les grandes bottes de mon père semblaient deux épouvantails. Mes frères et sœurs dormaient autour de moi ; Hein avait pris le petit chien dans ses bras ; le chat était pelotonné contre Dirk. Les battants de l’alcôve, où dormaient mes parents avec le bébé, étaient ouverts ; les reflets du poêle glissaient sur la figure de ma mère, encadrée de son bonnet de nuit ; elle me parut si émaciée que j’eus peur ; mais les ronflements bruyants de mon père me donnèrent confiance.
Je me couchai. Cependant je m’agitais, je grelottais : il me sembla que la paillasse se mouillait.
— Mère ! mère !