Et regardant ma mère, sa figure prit une expression de pitié, comme je la croyais incapable d’en avoir. Elle alla vers elle, lui murmura quelque chose à l’oreille, et lui remit un papier qu’elle tenait serré dans sa main. Ma mère couvrit Mina de baisers.

Nous passâmes trois jours dans une attente fébrile. Alors les paquets arrivèrent.

Ma mère ne parvenait pas à défaire la ficelle ; nous la coupâmes, et, dans la ouate jaunie, les ors apparurent… Ma mère les prit du bout des doigts, les palpa, les retourna ; ses yeux clignotèrent précipitamment ; puis, levant les ors, elle nous les montra.

Ah ! les horreurs !… d’affreux pendants de dix centimètres de long ; la broche, grande comme la paume de la main ; en filigrane tout noirci, d’où se détachaient les dessins en or rouge, minces comme une pelure. Seules, les femmes des forains portaient ces monstruosités…

— Mais que c’est laid ! m’exclamai-je ; et le manteau, voyons !

Nous défîmes le paquet.

Un lourd vêtement d’étoffe grossière, à trois pèlerines superposées, en sortit… Il passa de main en main et nous tous, les jeunes, ne trouvâmes pas assez de termes pour le dénigrer.

Et le châle !… une pauvre loque, comme la mendiante de l’église en avait un, noué autour de sa taille.

Mon père, en manches de chemise, les bras croisés, laissait errer ses regards de nous à notre mère : elle était toute confuse et maniait ses objets avec déférence.

— Cato, laisse-les dire, tes ors sont très beaux ; ils sont aussi beaux qu’à l’époque où tu les achetas et où tu les portais le dimanche pour nous promener… Il n’y en avait pas deux comme toi dans toute la ville, Cato, quand tu portais ta robe bleu ciel sur ta crinoline, ton châle blanc à dessins perses, et ton bonnet brabançon en dentelle et à fleurs blanches sur tes bandeaux bruns ondulés… On ne voyait que le bout de tes oreilles avec les pendants qui te frôlaient les épaules… Tu étais si jolie, Cato, que, lorsque tu sortais, aucune femme de gendarme n’était visible, elles s’étaient toutes cachées, de jalousie… Mets tes pendants, Cato, et ton châle, que je te revoie…