— Non, non, fit-elle, timide : demain je serai habillée.
— Non, Cato, mets-les : je veux te revoir jolie, comme tu l’étais alors.
Elle accrocha, de ses doigts agités, les boucles, s’entoura du châle, y attacha la broche et se posa devant mon père.
Il la regarda : sa figure se contracta dans une affreuse grimace, pour ne pas rire ; mais c’était plus fort que lui, il éclata d’un rire crispé… puis il prit ma mère à bras le corps, l’assit sur ses genoux et, à eux deux, ils pleurèrent.
Etaient-ils assez grotesques, ces deux vieux !… C’était ça, les belles choses de leur jeune temps, dont on avait entretenu nos soirées sans pain et sans lumière. Ces objets ridicules, c’était ça qui faisait leur joie et leur orgueil ! Attifés ainsi, ils avaient pu se croire beaux et s’aimer ! Ah ! non ! Comme notre temps était plus chic, plus commode, et comme tout était mieux !… il n’y avait même pas de lampe à pétrole, ni de planches à frotter le linge ; il fallait s’éclairer d’une lampe morveuse, qui avait donné à ma mère ses clignotements d’yeux, et s’écorcher les doigts à lessiver à la main… Et c’est parce que ce temps-là n’existe plus qu’ils pleurent…
Puis ces gens à cheveux blancs et à rides, avaient-ils seulement été jeunes ?… On dit que je ressemble à ma mère : il n’est cependant pas possible qu’elle ait eu une tête comme moi et qu’il m’en viendrait une comme la sienne…
Mina et moi, nous nous regardions ; nos haussements d’épaules s’accordaient à les trouver grotesques : « du reste, est-ce que des vieux devraient pleurer et s’embrasser ainsi ?… »
Les regards de Mina étaient durs, les miens devaient l’être aussi ; mais tous les petits pleuraient autour des parents.
Le lendemain, en nous habillant, André me dit :
— Keetje, maintenant que tu t’es dégorgée, allons au Musée : j’ai hâte de voir les Rembrandt et les Pieter de Hoogh.