— Je suis votre tante, tante Kee. Je ne vous en donne plus, si vous ne les mâchez pas.
Mon frère rentra.
— Te voilà…
— Garçon, garçon, quelle dame tu es, tu vas intimider ma femme qui n’est à l’aise qu’avec la racaille…
— Naatje m’a dit cela ; vous autres garçons, vous en avez tous fait un choix, comme femmes…
— Que veux-tu ? nous étions mal habillés, pas d’argent en poche… Alors, nous n’osions pas nous adresser à d’autres filles : elles n’auraient pas voulu de nous.
— Ah ! c’est pour ça…
— Evidemment ! c’est pour ça… Tu as cru que c’était par goût ? J’ai quitté Bruxelles, écœuré de n’avoir jamais un repas chaud, jamais de boutons à ma chemise. Je tombe ici à Amsterdam ; je n’y connaissais plus personne. La servante de mon patron me souriait ; elle était laide, mais, le soir, je pouvais aller dans sa cuisine, elle m’avait gardé de son dîner des éperlans frits et des pommes de terre qu’elle faisait sauter dans l’huile ; la nuit, elle ravaudait mes chaussettes et lavait mon linge. Je croyais avoir trouvé une perle et je l’épousai… Elle m’apporta en dot cette fille.
Il me montra l’aînée des enfants.
— Ah c’est celle-là, fis-je, elle a l’air d’une bonne petite sœur.