— Oui, c’est mon enfant comme les autres… Mais le peu de bonheur que nous aurions pu avoir a sombré sous cette avalanche d’enfants. Comment faire vivre tout cela ? Ma femme va laver toute la semaine. Quand je travaille, cela marche, mais, ici comme ailleurs, il y a le chômage, et alors…
Un haussement d’épaules acheva sa pensée.
— Enfin, j’ai de beaux enfants… Comment trouves-tu le petit ?
— Ma foi, il n’est pas à son avantage en ce moment.
— Tu dis cela pour son nez retroussé… Crois-moi, c’est une exquise petite créature, tu en auras du plaisir.
La femme, le soir, ne disait pas grand’chose. La figure rusée, à l’expression malhonnête, me déplut.
Je leur dis à plusieurs reprises :
— Si vous me donnez cet enfant, il ne faut pas me le reprendre : ce serait terrible de le replonger dans la misère.
Quand mon frère me conduisit à mon hôtel, je renouvelai ma question : si c’était bien pour toujours qu’il voulait me céder son fils.
Le lendemain matin, j’allai acheter des vêtements pour Willem. Je le lavai, l’habillai. Il riait : j’avais eu raison, il avait un beau rire plein et sonore… La mère était de plus en plus silencieuse, et, quand elle vit son enfant transfiguré ainsi, je surpris dans ses yeux l’expression la plus inattendue : une expression d’envie intense, une expression de préférer voir son enfant dégénérer de misère avec elle que de le voir heureux chez les autres, une expression de tyran qui a droit de vie et de mort sur un être et choisit la mort, si c’est son bon plaisir.