J’eus tellement peur de cette femme que je lui dis que j’aimais mieux partir sans le petit, qu’ils me l’avaient offert, mais pas de bon cœur.

— Des bêtises, répondait Hein. Tu ne voudrais pas qu’elle rie au moment où un de ses enfants la quitte.

Il fut convenu que j’écrirais tous les mois et que, deux fois par an, le petit retournerait pendant huit jours chez eux.

Mon frère le porta jusqu’à la gare, m’installa dans un compartiment et nous partîmes. Je fus soulagée de ne plus voir le regard phosphorescent de ma belle-sœur.

En chemin de fer, une dame donna au petit une orange ; le pauvre gosse savait si peu ce que c’était qu’il y mordit en pleines dents. Mon Dieu, quelle grimace !… quand je l’eus pelée, il refusa d’en manger, de crainte qu’elle fût encore amère.

Il ne voulait pas se laisser essuyer le nez.

— Non, cela fait mal quand on pince.

— Mais je ne te pincerai pas !

J’eus toutes les peines du monde à le persuader, et, quand je l’eus essuyé sans lui faire mal, il me regarda tout surpris.

A l’arrivée à Bruxelles, il dormait. Je le donnai à un commissionnaire qui le porta dans un fiacre. Comme je m’excusais de ce que l’enfant avait fait pipi dans ses culottes :