— Non, le hollandais, le flamand est un patois et le hollandais une langue…
— S’il est intelligent, il saura le français en quelques semaines. Mais les Flamands ne sont pas pour apprendre…
— Mais, madame, il n’est pas un Flamand : entre un Flamand et même un Belge, et un Hollandais, il y a de la marge. Les Hollandais, depuis la Réforme, s’instruisent dans toutes les classes de la société ; ils commentent journellement la Bible et, que ce soit la Bible ou l’Iliade, c’est toujours commenter un beau livre, c’est se cultiver, et ici l’on ne commente rien du tout.
— Mais vous n’étiez pas instruite cependant… André m’a dit qu’il vous a donné des professeurs.
— Justement, ma mère n’était pas Hollandaise, et on l’avait assise, dès l’âge de huit ans, sur un petit banc, avec un carreau à faire des dentelles sur les genoux ; et, comme culture intellectuelle, on lui faisait réciter le rosaire et chanter des litanies.
— Mais, ma mère, fit André, savoir le français en quelques semaines… vous savez bien que, moi, je n’ai pas pu, en combien d’années, apprendre l’allemand…
— Oh ! l’allemand ! fit-elle…
Quand nous fûmes dans la rue avec André…
— Tu ne vas pas te laisser monter la tête, et croire que Willem est bête, s’il ne sait pas le français en quelques semaines ; puis tu ne vas pas croire aussi que je ne t’aimerai plus parce que j’aimerai cet enfant.
— Mais non !… ma mère a des idées à elle… Nous nous aimerons tous les trois.