— Voilà encore une chose agréable : un enfant avec qui je ne pourrai pas échanger un mot…
— Mais ce sera une question de quelques mois, il parlera très vite le français.
Je confiai l’enfant à la servante et sortis avec André. Quand il me quitta, j’allai acheter pour Willem du linge, des bas et des tabliers, ainsi que de la serge bleue pour lui faire un costume, et une belle étoffe brune moelleuse pour un paletot.
J’achetai chez le boulanger des couques aux corinthes, à prendre avec le thé. En passant par le bazar, je choisis un cheval blanc, une charrette et une bêche, puis une poupée, et je me hâtai vers la maison. Dès que j’eus mis la clé dans la serrure, il accourut, Suzette, la chatte, gambadant à côté de lui, et cria :
— Tante, tante, c’est toi !…
Nous prîmes le thé dans ma chambre de travail. Je commençai à tailler une culotte et un blouson dans la serge bleue. Lui jouait, assis sur le tapis, tour à tour avec le cheval et la poupée, mais surtout avec la poupée qu’il appelait « Catootje ». Suzette, la chatte, était assise en face de lui, le considérant tranquillement… Non, mais fait-il délicieux ici, en ai-je un home à moi… Et je taillais et faufilais, enivrée de bien-être moral et physique, et quand je lui essayai sa culotte, qui bouffait autour de son petit derrière, j’aurais bien mordu dedans…
Le surlendemain, je l’habillai de son nouveau costume, de son beau paletot, d’un joli béret qu’il se planta lui-même de côté, et j’allai le présenter à la mère d’André.
— C’est une lourde charge que vous vous êtes attirée là, et vous n’allez plus aimer que cet enfant, et vous n’en serez pas récompensée. Si vous comptez sur la reconnaissance des gens, vous serez déçus.
— Mais non, je ne songe pas à de la reconnaissance, ni à être récompensée. J’ai pensé à l’enfant : si je puis en faire un homme… Je crois que je le pourrai, le fond est très bon.
— Est-ce qu’il est intelligent ? il ne sait que le flamand.