— Et si nous avions deux soleils, ou trois soleils, comment ferait-il ?
— Si la terre avait plusieurs soleils, chacun l’attirerait vers lui, et, au lieu de tourner autour, elle pivoterait sur elle-même au milieu d’eux. Quand nous serions devant le soleil bleu, tout aurait un reflet bleu, même notre figure et nos mains ; puis, en approchant du soleil jaune, les deux couleurs se mêleraient, et je crois que nous serions, en ce moment-là, verts.
— Verts, tante ?
— Je pense que oui. J’ai, un jour, mis une cravate bleue dans l’eau avec du safran, et elle est devenue verte : alors je crois que, nous aussi, nous deviendrions verts… mais, en tournant encore, nous nous approcherions de plus en plus du soleil jaune, et nous aurions un reflet jaune : tu sais, comme le matin, quand tu dis que mes cheveux sont d’or…
— Tante ! tante ! comme je voudrais avoir tous ces soleils… je ne me coucherais plus, pour les regarder nuit et jour.
— Voilà où serait le danger : deux soleils seraient trop pour notre terre, il ferait clair nuit et jour, il n’y aurait plus de rosée, et nous ne trouverions pas assez de repos. Car, en dormant, tu grandis, et ton intelligence se rafraîchit : alors il faut dormir, beaucoup dormir… Viens, il est temps de te coucher.
— Oh ! tante, laisse-moi encore regarder… Comment sont les bêtes sur une terre avec un soleil bleu ?
— Comment veux-tu que je le sache ? on ne peut pas aller voir.
— Est-ce que les Wimpie y sont des tantes comme toi, et doit-on y apprendre le français ?
— Je te dis qu’on ne peut pas y aller voir, alors !…