— Madame ! Madame ! je l’ai réussie !…

C’est Caroline qui accourt, les yeux flamboyants, les lèvres humides, ses frisettes noires au vent.

— Ah ! voyons ça.

— Il est monté, haut comme ça, il est doré et luisant, comme verni, et je l’ai fait toute seule.

— Ah ! il est beau, vraiment… c’est d’une grande cuisinière… Quel beau gâteau aux corinthes !

— J’ai fait exactement comme vous m’aviez expliqué, et voilà… Les femmes du village disent que j’arriverai bien à faire la cuisine de tous les jours, mais jamais de la pâtisserie.

— Eh bien, tu vas leur montrer qu’elles se trompent. Tantôt, quand il sera refroidi, nous le couperons en deux, nous partagerons une moitié en trois parts, que tu porteras chez Anneke, chez Siska, et chez Wantje, pour prendre avec leur café ; et elles verront bien que tu sais faire autre chose que la cuisine de tous les jours. L’autre moitié, nous lui ferons honneur cet après-midi avec le thé. Ce gâteau est ton chef-d’œuvre, Caroline, et tu peux en être fière.


Le samedi après-midi, il n’y a pas de classe. Alors, on m’envoie une demi-douzaine d’enfants, à têtes couvertes de croûtes et de poux. Je coupe les cheveux par places, pour mieux pouvoir nettoyer, et, à grandes savonnées, je les lave, je tresse les cheveux restants, et j’explique aux petites comment leurs mères doivent le lendemain défaire les tresses et faire bouffer les cheveux pour cacher les places vides…

— Tu vois, ainsi… et l’on ne remarquera rien, à l’église.