Stéphanie avait sa fausse natte sur le dos ; moi, mes boucles blondes maintenues par un ruban. Nos chapeaux étaient des objets inouïs : comme nous ne possédions pas de parapluie, ils devaient supporter toutes les intempéries ; nous les retapions constamment. Nous allongions nos jupes en traînes, dont nous balayions les trottoirs et les rues boueuses. Sous les porches ou derrière un arbre des jardins publics, nous nous enduisions la figure de craie, parce qu’il était distingué d’être pâle. Nous rentrions nos corsages en pointe, pour nous découvrir la gorge.

Je baragouinais le français autant que je pouvais, prêtant grande attention à la prononciation.

Souvent des hommes nous suivaient dans des rues écartées. Ils nous rejoignaient, mais je refusais toute offre. Stéphanie, elle, acceptait.

Quand c’était au centre de la ville, j’allais l’attendre à la Galerie Bortier, où je lisais, à chaque étalage, un peu dans les livres. Si elle tardait, je faisais un tour du Marché aux fleurs, dont les parfums me charmaient plus encore que les couleurs.

D’ordinaire, elle riait en me rejoignant, et régalait de gâteaux, ou bien de moules, dans une cave de la Grand’Place. Puis nous allions au Vieux Marché acheter des vieux souliers ou une jupe pour Stéphanie.

— Tu sais, Keetje, tu es bête de ne pas profiter des occasions… tu pourrais aussi t’acheter des souliers.

— Non, c’est juré.

— Tu préfères marcher avec des chaussures qui prennent l’eau et la neige, et qui te font entrer des échardes dans les orteils, comme l’autre jour.

— Je ne veux plus me vendre.

— Mais tu fais la même chose avec ton amoureux pour rien…