Et la pérégrination du racolage commençait.

Au retour, toute ma morgue était tombée. Elle me soutenait, et me conduisait comme une aveugle le long des boutiques fermées.

— Oh ! mère, je ne peux plus avancer sur ces bottines… ces talons… Oh ! que j’ai mal aux doigts de pied ! et mes reins… chaque pas, ainsi sur la pointe des pieds, me donne un choc dans les reins… Si je les ôtais…

— Non, ma petite fille, tu attraperais du verre dans les pieds. Asseyons-nous un peu sur ces marches.

— Ah ! quelle fatigue… cinq heures, nous avons marché cinq heures…

— Oui, tu dormiras demain toute la matinée… Marchons encore un peu ; là-bas, il y a une boutique ouverte ; j’achèterai des vivres, et tu auras aussi du café chaud.

Je laissais traîner ma robe dans la poussière, je m’essuyais mon rouge, et geignais en m’appuyant sur elle et me tenant de l’autre main aux devantures. Je ne disais rien du dégoût des mâles inconnus, du désir de les insulter chaque fois qu’il fallait m’y livrer, de la rage même de les mordre qui me prenait quand ils s’emparaient de mon corps. Quelle étrange pudeur entre nous deux, de ne jamais toucher à cette question…

Au bas de l’escalier, elle murmurait :

— Montons doucement, pour ne pas éveiller les enfants.

Je tombais sur mon canapé. Elle allumait le feu, mettait de l’eau bouillir, puis m’ôtait mes bottines et me tirait un peu le bout des bas.