Notre lavabo était trop petit pour pouvoir s’y laver à deux : Eitel se levait avant moi pour faire sa toilette.

Un dimanche matin qu’il se lavait, tout nu, je l’observais de mon lit : les mouvements souples de ce beau corps de vingt-cinq ans, élancé et fin, m’intéressaient.

— Tu es bien beau, Eitel : si tu étais pauvre, tu pourrais poser chez les sculpteurs.

— Tu crois ?

— Ah ! oui… Eitel, prends donc la pose du « Gladiateur ».

Il prit la pose de face

— C’est ça… tourne-toi de profil… maintenant de derrière. Oui, c’est ça, tu es tout à fait le « Gladiateur » ; même la tête irait très bien : à ta figure, l’on ne voit pas non plus si tu es fâché ou content… Là, tu m’as bien fait plaisir : c’est très beau, le nu, surtout chez l’homme ; les rotondités de la femme me donnent toujours envie de taper dessus…

— Ah ! ma petite bête, tu me trouves beau… fit-il, en se recoulant sous les draps.

Il allait passer ce dimanche dans une maison de campagne, chez des compatriotes.

Moi, j’avais fait venir Naatje : j’avais une quantité de chaussettes à raccommoder. Eitel portait des chaussettes tricotées de coton blanc, marquées de deux grandes lettres rouges. La vieille gouvernante qui l’avait élevé les lui tricotait ; elles commençaient à s’user, et, après chaque lavage, je devais les ravauder. Mais, depuis un temps, j’avais eu beaucoup de renseignements à prendre, et le panier était plein de chaussettes qui devaient être revues.