De temps en temps, devant les vitrines des pâtissiers, ma mère me rejoignait, et nous regardions les gâteaux de Sainte-Catherine étalés. Ils étaient en forme de cœur, ou carrés, ou ronds, avec des glacis de sucre blanc ou rose ; l’inscription y serpentait en lettres dorées.

— J’ai beau m’appeler Catherine, fit ma mère, je n’aurai rien de tout cela… Keetje, que diraient les petits si nous rentrions chargées toutes deux de gâteaux ?

— Cette neige qui me pénètre partout m’horripile, j’ai l’air d’un épouvantail… Comment voulez vous que je trouve un homme ? répliquai-je.

Et je repris ma flânerie excédante.

Rue des Bouchers, un monsieur m’accosta : c’était un Wallon que je comprenais à peine.

— Viens passer la nuit avec moi, petite.

— La nuit… Si vous voulez me donner dix francs…

— C’est bon, viens.

Je le suivis dans une rue de la vieille ville. J’aurais voulu prévenir ma mère que c’était pour la nuit, mais je ne le pus.

Dans l’obscurité, il me fit monter à l’annexe. Il alluma une lampe, et nous nous trouvâmes dans une petite chambre à coucher avec un très grand lit. Il me donna deux pièces de cent sous que je nouai dans mon mouchoir.