— Alors pourquoi êtes-vous venu à moi ? ce n’est pas moi qui vous ai cherché.

— J’ignorais le danger que je courais avec vous, car la femme est le danger.

Je l’embrassais, je lui promettais de ne pas l’empêcher de suivre sa route. Eh bien, non, quelque chose était cassé…

Etait-ce les angoisses subies, était-ce son inexpérience ? ce ne fut pas la nuit d’amour que j’avais rêvée… ma première nuit d’amour !…

Je l’aimais éperdument : sa voix chaude et musicale, son rire épanoui, ses longues mains qu’il mouvait en parlant, ses exquises naïvetés, tout son être frêle et fin enfin, et voilà qu’il m’avait humiliée avec ses méfiances et ses craintes…

Maintenant, moi, je réfléchissais, et je fus étonnée qu’il ne m’eût pas encore parlé de ma position, qu’il connaissait parfaitement.

Le lendemain nous fûmes à l’hôpital et dans les églises, voir les œuvres d’art, mais je m’en moquais, de la peinture et de la sculpture, et ni la Vierge à l’Enfant de Michel-Ange, ni les femmes éplorées de Memling ne m’impressionnèrent : j’avais de bien autres préoccupations.

Puis, le voir si entièrement repris par l’art, ne pensant plus à nos explications pénibles de la nuit… Ce qui me tranquillisait un peu, c’était le ton sur lequel il s’était exprimé, comme un petit garçon qui répète une leçon : j’avais la vague sensation que tout cela n’était que collé sur lui par des mains prudentes… Cependant il est là à frémir devant ces peintures, qui représentent des sensations d’il y a quatre siècles…

— Mais vous ne voyez rien…

Vous !