— Oh ! les Nele n’existent plus de nos jours.

— Puis, je croyais que vous m’aimiez…

— Voilà ! incapable de comprendre… L’amour, c’est ça : l’idée, le sacrifice n’existent pas pour la femme. La femme se laisse aller à ses sensations directes : j’ai faim, je dois manger ; j’ai sommeil, je dois dormir.

— J’ai envie d’embrasser, j’embrasse, fis-je ; il est évident que je n’irai pas faire tout cela quand je n’en ai pas envie.

— En 48, quand mon père était jeune, on se sacrifiait à la cause de l’humanité… Ils étaient quatre amis qui avaient banni la femme de leur vie. Ils auraient réalisé de grandes choses, mais l’un s’est marié, puis l’autre, et ainsi tous ont été mis hors de combat.

— Eh bien, il n’est pas trop tard pour éviter cela. Voilà votre chambre…

Il me regardait, surpris et désappointé, mais rentra dans sa chambre.

Je me couchai, étouffant mes sanglots. « Qu’ai-je donc sur moi, pour qu’on m’aime si peu ? depuis mon enfance, cela me poursuit : jamais une chose complète, tout m’est toujours gâté, pourquoi ? pourquoi ?… »

Il m’entendit pleurer ; il vint.

— Voyons, comprends donc, je t’aime, mais je ne voudrais pas avilir cette amitié exquise… cependant avoir une femme jolie, intelligente serait l’idéal… mais je n’ose pas. Je n’ai jamais connu de femme, je sens que je ne suis pas fait pour elles…