Vous comprenez l’émotion que j’y mis…

J’étais bien revenue de mes préventions contre Victor Hugo. J’avais étudié avec passion :

L’enfant avait reçu deux balles dans la tête.

J’étais prête à grimper sur les barricades et à détruire toutes les roses de Saint-Cloud. Détruire les roses !… moi qui ferme les yeux d’émotion, au parfum d’une rose France !

Puis La Conscience avec Caïn, et cette répétition : L’œil a-t-il disparu ? La chair de poule me parcourait en une peur indicible.

Mais Booz !

L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle…

Tout mon être s’épanouissait en des aspirations vers le soleil, vers les champs de blé doré, vers les parfums et les étoiles des nuits d’été… J’entraînais André à travers la Forêt de Soignes ; mais c’était l’hiver, les nuits étaient ternes et ne me rendaient pas cela.

Voilà comment j’arrivais à cette vibration, à cette vérité qui surprenaient mes camarades et mon professeur.

Je crois que je dois beaucoup des sensations que je communiquais ainsi à mon don de vision et d’évocation… Je ne connaissais pas la musique. Cependant, me trouvant avec André au concert, je sentis tout d’un coup les parfums de la campagne, et je vis un clair ruisseau serpenter à travers des prairies.