— André, on dirait qu’il y a des fleurs et de l’eau dans cette musique.

— Mais il y a tout cela. C’est la « Pastorale »…

J’ignorais complètement que Beethoven avait voulu rendre tout ce que je venais de voir et de humer…

Bien avant la Duncan, je faisais des pas sur n’importe quelle musique, et surtout sur la marche funèbre de Chopin. Cette marche !… Quand André fut mort, j’eus plusieurs fois la vision de son enterrement, avec des danseurs en ample manteau pourpre, qui, devant le corbillard, exécutaient la « danse » funèbre de Chopin.

Si je disais à mes camarades que je voyais se dérouler devant moi, avec couleur, gestes et parfum, ce dont il était question dans mes rôles, presque toutes se moquaient ; d’autres croyaient à une pose, et à toutes cette manière de sentir était antipathique.

— Tu sais, Oldéma, avec ce don d’évocation, comment feras-tu pour jouer la Toinette du Malade Imaginaire ?

— Et vous, sans ce don, comment diriez-vous Booz ?

Tout ce travail, qui pour moi était une source de joie et de douleur, était une tâche pour elles : en dehors de Marthe, la seule camarade que je m’étais faite au Conservatoire, aucune n’avait la passion…


Un peu avant le concours, je commençai à me préoccuper de l’allure que j’aurais sur la scène. Le fard m’enlaidissait, ma maigreur m’inquiétait. Je voulais savoir. J’achetai un arsenal complet de rouge, de blanc, de cold-cream et de crayons de toutes couleurs, et, un soir, je dis à Naatje que j’allais m’habiller et me farder comme pour le théâtre.