J’allumai toutes les lampes de la maison, dans ma chambre à coucher.
— Maintenant, mets-toi là, en face de la porte, et, quand j’entrerai, tu me regarderas bien pour voir l’effet que je produis.
Le coiffeur m’avait dit comment il fallait m’y prendre. Quand ma figure fut faite et mes cheveux relevés seulement d’un peigne d’écaille blond, je m’entourai d’un grand châle en soie de Chine blanche, brodé ton sur ton, et je fis mon entrée ; Naatje me regarda en silence ; puis, avec de l’étonnement dans les yeux et du dépit dans la voix, elle me dit :
— Je croyais que le fard ne t’allait pas.
— N’est-ce pas qu’il me va ? fis-je, en allant vers l’armoire à glace.
J’étais éblouissante tout simplement, et j’avais un air candide et frais que je ne me connaissais pas. Mes bras étaient trop maigres, mes salières trop creuses ; mais mon cou, ma nuque et la poitrine, très bien et étonnamment jeunes. La ligne du corps, surtout de dos, était d’une grande élégance, et mes mains fuselées avaient du caractère.
Je me mis à faire des gestes et des grâces devant la glace, et à déclamer des tirades de comédie et de tragédie ; puis je fis des sorties et des rentrées, avec la grande révérence.
Naatje ne disait rien, et, un moment, je la vis me toiser d’un regard haineux.
— Naatje, si mon professeur me voyait ainsi, elle ne pourrait, avec la meilleure volonté du monde, me trouver dépourvue de charme ; mais elle me remplirait mes salières d’une pâte et me collerait un corset avec gorge et hanches, et mes gestes et les beaux saluts de côté et à la ronde, avant de quitter la salle, n’auraient plus la flexibilité de maintenant… Regarde comme c’est élégant.
Et je m’inclinai en des beaux saluts des deux côtés, comme les reines avant de quitter une assemblée.