Lève sa cotte, et puis lui donne
D'un poignard à travers le corps.
(La Fontaine.)
Heureuse la nymphe légère
Qui, trompant sa jalouse mère,
Peut saisir un poignard si doux!
(Grécourt.)
Chez Brantôme et nos anciens conteurs, l'amour est toute une stratégie: engager l'escarmouche, battre la chamade, être fort à l'escrime, mettre l'épée à la main, reconnaître la forteresse, faire les approches, dresser les machines, pointer les pièces, envoyer des volées de canon, cheminer à la sape, allumer la mèche, bouter le feu à la mine, franchir la contrescarpe, combler le fossé, livrer l'assaut, planter l'étendard dans la brèche, se loger dans la place. A ces métaphores militaires il convient d'ajouter celles que les Grecs et les Romains tiraient des jeux, des luttes d'athlètes, des courses du cirque: in agonem, in palaestram descendere; conficere stadium; properare ad metas; nos conteurs, qui se souciaient peu de la palestre, leur ont substitué des comparaisons empruntées aux joutes et aux tournois: courir la bague, rompre une lance, mettre la lance en arrêt, envoyer la flèche dans le but, mettre dans la quintaine; ou bien des termes de vénerie: le faucon désencapuchonné, l'épervier au poing, etc.
Le savant Gasp. Barthius n'a pas dédaigné de colliger, dans ses Animadversiones in Claudianum, les métaphores tirées par les Anciens des exercices équestres, et détournées par eux dans le sens érotique. Nous regrettons de ne pas avoir sous la main son travail, pour en enrichir le nôtre, et surtout pour nous ôter d'un doute. Nous rencontrons bien, dans Nicolas Chorier, bon nombre de locutions telles que: subigere veredum, conscendere, insilire in equum, ex equo desilire, equitare, admovere calcar, etc., où le rôle de cavalier est dévolu à l'homme, et celui de monture à la femme; mais nous craignons fort que l'excellent auteur de l'Aloisia n'ait attribué aux Latins, sans y trop songer, une idée toute Française et moderne. Pétrone, faisant passer Embasicaetas de la croupe d'Encolpe à celle d'Ascylte, dit, il est vrai: Equum cinaedus mutavit, «le cinède changea de cheval;» mais c'est une exception, ils sont là d'ailleurs entre hommes; dans tous les exemples Latins et Grecs que nous suggère notre mémoire, c'est toujours la femme qui est le cavalier. La figure est ainsi plus régulière, car, pour être à cheval, il faut tenir sa monture entre les jambes, ce qui est le fait de la femme, et non de l'homme. Ovide recommande à celles qui ont des plis au ventre de monter à cheval à rebours comme le Parthe, c'est-à-dire en tournant le dos:
Tu quoque, cui rugis uterum Lucina notavit,