CHERIFFE.
Apres m'avoir tenu de si sages propos
Son Sanche voulez vous me ravir mon repos?
Voulez-vous rendre vains les effets de vos peines
En remettant mon coeur en de nouvelles chaisnes?
Ah! souffrez que mes voeux joüissent plus long temps,
D'un calme ou mes esprits se treuvent si contens
En cét heureux estat Cheriffe est fortunee
Laissez moy cette paix que vous m'avez donnee
Et ne destruisez pas une obligation
Que vous pourriez finir par vostre passion.
D. SANCHE.
Ah! Madame quittez cette inutile crainte
Et ne redoutez pas une si douce atteinte
Bien loin de ruiner cette obligation
Je la veux achever par mon affection:
Et quoy que la fortune ayt fait tomber Cordouë
Je veux vous relever au plus haut de sa rouë:
Je veux vous rendre un frere & finir vos debats,
Vous rendre son amour, luy rendre ses Estats
Remettre sur son front cette Auguste couronne,
Que le sort luy ravit & qu'il nous abandonne:
Et vous mettre tous deux en ce superbe point,
Qu'apres tant de malheurs vous n'espererez point.
Ouy je ne vous faits pas des promesses frivolles,
Un glorieux effect peut suivre mes parolles.
La faveur que mon sort me donne aupres du Roy,
N'a que trop de pouvoir pour desgager ma foy.
CHERIFFE.
Les amans comme vous promettent toute chose.
D. SANCHE.
Madame je tiendray ce que je vous propose
Ou je perdray bien-tost avecque vostre amour
Mon espoir, ma faveur, ma fortune, & le jour.
CHERIFFE.
O Dieux dois-je esperer en ce siecle où nous sommes
Une fidelité si rare entre les hommes:
Et me dois-je exposer encor au mesme écueil
Qui n'aguiere a pensé me creuser un cercueil
Quand on a rencontré quelque mauvais passage,
Il faut changer de routte ou bien faire naufrage:
L'espoir est toutesfois un écueil si charmant
Qu'un coeur ne le sçauroit eviter aysément:
C'est là que les desirs poussent toute leur flotte,
Et qu'ils suivent le cours d'un aveugle Pilotte:
Ouy Don Sanche à la fin je me laisse emporter,
A l'espoir glorieux dont tu viens me flatter:
Et quoy que ma rigueur tasche de me deffendre,
Ton merite & tes soins me forcent de me rendre
Mais avant que le ciel me range soubs tes loix,
Il faut que ta faveur qui gouverne les Rois,
Remette ta Cheriffe en ce point desirable,
Qui la doit à tes yeux rendre considerable;
Affin de faire voir que ta chere moitié,
Est un object d'amour & non pas de pitié.