Vostre ressentiment vous fait parler ainsi,
Mais brave Celimant, laissez m'en le soucy,
J'en veux prendre le soin, & je vous la demande,
Un seigneur de ma Cour dont la naissance est grande,
Mais de qui la vertu passe la qualité,
Ayme avec passion cette jeune beauté:
Il est vray qu'à sa flame, il mesle un peu d'audace,
Et qu'il n'a point de Rois pour autheur de sa race,
Mais si par le merite on peut tout esperer,
Ce genereux amant n'a rien à desirer.
C'est don Sanche en un mot qu'à ses voeux je destine.
CELIMANT.
Souvenez vous grand Roy, quelle est son origine,
Don Sanche vaut beaucoup, mais sa condition,
Ne s'esleva jamais à tant d'ambition;
Quelle que soit Cheriffe, ingratte ou deloyale,
Elle n'en est pas moins de naissance Royale:
Et ce rang veut qu'elle ayt un Prince pour mary.
LE ROY.
Monsieur, Don Sanche est tout, estant mon favory,
Et je veux luy donner un si grand advantage
Que Cheriffe auroit tort d'esperer davantage,
Mesme si vous sçaviez avec quelle ferveur
Il a pour vostre bien employé sa faveur,
Vous ne sçauriez sans blasme & sans ingratitude
Refuser ce salaire à son inquietude;
Mais si cette raison ne touche point vos sens,
Si tous deux ils ne font que des voeux impuissans,
Pour le moins escoutez un Roy qui vous conjure,
De cherir vostre soeur, d'oublier son injure,
Et de souffrir qu'elle ayt de ma main un espoux,
Qui doit rendre son sort & le vostre plus doux?
Despoüillez Celimant cette haine obstinée,
Et ne differez point cét heureux hymenée?
Si vous considerez les prieres d'un Roy,
CELIMANT.
Vous m'imposez, Monsieur, une trop juste loy,
Et puis que cét hymen a l'honneur de vous plaire,
Don Sanche en Celimant peut rencontrer un frere,
Et Cheriffe en faveur de ce parfait Amant,
S'asseurer de l'oubly de mon ressentiment.
LE ROY.
Ah que vous m'obligez, & que cette clemence,
Prouve bien aujourd'huy vostre illustre naissance,
Que je cheris en vous cette rare douceur,
Qui sçait si bien traitter une coupable soeur,
Et faire succeder tant d'amour à la haine,
Mais la voicy qui vient, & Don Sanche l'ameine,
J'attens de cét abord de bien-heureux effets,