Vous estes, grand Monarque, arbitre de ma vie,
Ainsi que sans pouvoir, je suis sans volonté,
Et vous pouvez user de vostre authorité,
Commandez, me voila disposé de vous plaire.
LE ROY.
Et je suis Celimant, prest à vous satisfaire
En ce que j'ay promis, pourveu que vostre soeur
Puisse esperer de vous une mesme douceur,
Qu'elle esprouve aujourd'huy, quelle est vostre clemence
Le pardon est souvent une haute vengeance:
Et quand un coeur est grand, une adroitte pitié
Le punit quelquesfois mieux que l'inimitié.
CELIMANT.
Apres sa lâcheté, son crime, & son audace,
Grand Prince, je ne puis consentir à sa grace:
Et si je luy faisois un favorable accueil,
Ce seroit par deux fois heurter un mesme Ecueil,
En vain vostre bonté me rendroit mon Empire,
Avec elle, grand Roy, mon destin seroit pire,
Que celuy que j'espreuve en ma captivité,
Qui me fait justement craindre ma liberté.
En vain je reprendrois le sceptre & la couronne,
Mon estat, et les biens que je vous abandonne:
Et sur le trône en vain je me verrois remis,
Si je le recevois avec mes ennemis.
LE ROY.
Non Celimant quittez cette inutile crainte,
Et le ressentiment dont vostre ame est atteinte,
Je remettray Cheriffe aux termes du devoir,
Et vous aurez sur elle un absolu pouvoir.
Mais pour vous exempter de toute deffiance,
Il faut pour quelque temps, vous oster sa presence:
Et puisque son amour causa sa trahison,
La condamner aux fers & la mettre en prison,
Je veux doresnavant, qu'elle sente les flames,
Dont les vives ardeurs bruslent les belles ames,
Et qu'amour & l'hymen ces aymables tyrans
Soient les executeurs de l'arrest que je rens.
CELIMANT.
Grand Roy, sa trahison, jointe à son arrogance,
Ne luy permettent plus, cette heureuse esperance,
Apres mille mespris indignement souffers,
Celuy qu'elle avoit pris est sorty de ses fers,
Et je croirois un Prince estre bien miserable,
A qui ce lasche objet seroit considerable.