Cher frere! ah ce bon-heur me rend toute confuse,
Mais aussi n'est-ce pas un songe qui m'abuse?
Non, je veille, & je vois mon frere devant moy,
Et je ne puis douter des parolles d'un Roy.
LE ROY.
N'en doutez pas, Madame, & pour comble de joye,
Recevez cét Amant que le Ciel vous envoye,
Favorisez les feux que son ame ressent.
CELIMANT.
Si Don Sanche le veut, Celimant y consent.
D. SANCHE.
Surpris, ravy, confus, je ne sçay que respondre,
A cét offre charmant, dont je me sens confondre:
Et mon esprit troublé s'efforce vainement,
D'obliger mon devoir de quelque compliment:
Les vulguaires bon-heurs font de belles harangues,
Mais la nature aux grands n'a point donné de langues
Excusez donc, Seigneur, si l'admiration
Sert de remerciement à mon affection
Et si pour satisfaire à vostre bien-vueillance,
J'use de mon respect, plustost que d'eloquence,
L'honneur que je vous dois ne se peut exprimer,
Mais je vous feray voir que je sçay bien aymer,
Et si l'occasion respond à mon envie,
M'acquitter d'un bien-fait aux despens de ma vie.
CELIMANT.
Treve à ces complimens par là vous pouvez voir
Combien un bon office a sur moy de pouvoir,
Sçachant vostre vertu je ne sçaurois moins faire,
Et mon affection veut vous traitter en frere.