Oüy: sa rare valeur rend ces Estats plus calmes,
Mais ce n'est pas cela qui m'oblige à vous voir.

CHYMENE.

Quel est donc ce bon-heur faictes le moy sçavoir?

DOM SANCHE.

Madame consultez cette beauté si rare
Et vous sçaurez le bien que le ciel vous prepare,
Consultez ces beaux yeux, ils vous diront assez
Contre qui depuis peu leurs traits se sont lancez,
Ils vous diront qu'un Roy jeune, amoureux & brave
Prefere à ses grandeurs la qualité d'esclave,
Et qu'il trouve ses fers si charmans & si doux
Qu'il semble ne vouloir regner qu'avecque vous.
Oüy Madame le Roy vous ayme, il vous adore,
Et je viens demander la grace qu'il implore;
Qu'une injuste rigueur ne l'y refuse pas,
Considerez qu'un Sceptre a de puissans appas,
Et qu'il ne sied pas bien de faire l'inhumaine
Quand il s'agist d'un trône, & du tiltre de Reyne.

CHYMENE.

Ah! qu'il te sied bien moins de troubler mon repos
Par les traits odieux d'un si lasche propos:
Perfide as-tu si peu de honte, & de courage
Que de ne pas rougir me tenant ce langage,
As-tu mis en oubly la gloire de tes fers,
Ne te souvient-il plus que je les ay soufferts,
Et mesme quelquesfois pour soulager tes peynes
Que ma main pitoyable a soustenu tes chaisnes,
Toutesfois coeur ingrat & sans ressentiment
Apres avoir porté la qualité d'Amant
Tu parles pour un autre, & tu veux que mon ame
Reçoive en ta faveur les ardeurs de sa flame,
Ah! que tu monstre bien par ce tour desloyal
Combien le Cid avoit un indigne Rival,
Puisque tu ne sçaurois te conserver la gloire
D'avoir long-temps au moins disputé la victoire.

DOM SANCHE.

Si je croyois, Madame, en cette occasion
Qu'il vous restast pour moy quelque inclination
Et que l'impression de ma flame passée
Ne fust pas tout à fait de vostre ame effacée,
Je ne parlerois plus des hommages d'un Roy,
La voix dont il se sert vous parleroit pour moy,
Et je vous ferois voir par ma perseverance
Combien je cherirois cette heureuse esperance.

CHYMENE.