L'INFANTE.
Bien que je ne sois pas ny charmante ny vaine,
Je veux croire, Monsieur, que je faits vostre peine:
Et certes je vous ay de l'obligation,
D'avoir conçeu pour moy quelque inclination:
Mais vous devez sçavoir que je depens d'un frere,
Que tout ce qui luy plaist (Spherante) il me doit plaire
Et quelque affection que l'on me vienne offrir,
Qu'il ne m'est pas permis, sans luy de la souffrir,
Si vous estes touché d'un sentiment si tendre:
Avecque son adveu vous pouvez tout pretendre,
Ses seules volontez disposent de mon choix.
SPHERANTE s'en allant.
J'obeïray, Madame, à ces divines loix
SCENE QUATRIESME.
L'INFANTE seule.
Que ferons nous, mon coeur, ce Prince est bien aymable,
Rodrigue l'est aussi, mais il est moins traictable:
Et s'il est à mes yeux adorable & charmant,
Il me traitte en vainqueur, & non pas en Amant:
Spherante est plus courtois, & d'humeur moins hautaine,
Laissons cherir au Cid son ingratte Chimene,
Et puisque l'amour seul est le prix de l'amour,
Accordons ce salaire à qui nous fait la cour.
Mais que dis-je insensee? & quelle erreur extreme,
Me rend en un moment differente à moy-mesme,
Cét agreable objet, qui regne dans mon sein,
Peut-il bien me permettre un si lasche dessein,
Non, je ne puis changer, Rodrigue me possede,
J'estime toutesfois le Prince de Tolede,
Sa grace me ravit, & malgré son vainqueur,
Je sens bien maintenant qu'il partage mon coeur,
Que ferons nous Amour en ce fascheux dedale?
Dois-je en quittant Rodrigue obliger ma Rivale?
Non ne le quittons point, mais suivons sans effort,
Ce qu'en ordonneront & mon frere & le sort,
SCENE CINQUIESME.
LE ROY, D. SANCHE, SPHERANTE, L'AMBASSADEUR de Tollede.
LE ROY parlant à Spherante.