Fin du premier Acte.
ACTE SECOND.
SCENE PREMIERE.
Diocletian. Aquillin. Rutile. & suitte.
DIOCLETIAN.
Rutile, nous verrons si cette haute estime,
Où tu mets nos acteurs est juste & legitime,
Et si ces grands esprits que tu tiens si parfaits,
Produiront sur le mien de semblables effets.
Si l'on croit tes discours, ma cour n'a point de grace,
Que la leur aisement ne surmonte, & n'efface,
Et mesme l'on diroit que les perfections,
Naissent de leur parole, & de leurs actions.
AQUILLIN.
Quelque approbation que Rutile leur donne,
Son sentiment est juste & n'a rien qui m'estonne:
Bien que quelques brutaux ayent leur art à mespris,
Il n'admet point pourtant de vulgaires esprits,
De corps mal composez, & de qui l'apparence,
Ne puisse au moins donner quelque belle esperance.
Le Theatre est severe, & veut des qualitez,
Qui puissent faire aux grands admirer ses beautez:
Le charme de la voix est sa moindre partie,
Si de l'intelligence elle n'est assortie,
Et le geste pour elle est un foible secours,
Si ce rayon divin ne regle ses discours,
Outre le jugement, l'adresse, & la memoire,
L'asseurance est aussi necessaire à sa gloire,
Et la propreté mesme en son habillement,
N'est point pour un acteur un petit ornement.
DIOCLETIAN.
Hé bien nous en verrons bien tost l'experience:
Faites les commencer, & qu'on preste silence.