LUCIANE.

Mon frere!

ANTHENOR.

Laissez-là cet objet odieux
Implorer à loisir le secours de ses dieux:
Ils vont en un haut poinct eslever sa fortune,
Et vostre affection le choque, & l'importune.

SCENE IV.

Genest. Pamphilie. Aristide.

GENEST.

Cet orage, Anthenor, touche peu mes esprits,
Comme je l'attendois il ne m'a pas surpris,
Et depuis quelque temps j'ay bien pû me resoudre
En ayant veu l'esclair, d'ouyr gronder la foudre.
Mais ainsi que l'esclat du celeste flambeau
Qu'on voit apres l'orage & plus clair, & plus beau,
Les divines clartez des yeux de Pamphilie
Viennent chasser l'horreur de ma melancholie,
Et par les doux regards de ces astres d'amour
Dans mon adversité me rendre un plus beau jour.
Exemple merveilleux d'une rare constance,
Cher objet de mes voeux, & de mon esperance,
C'est de vous seule enfin qui gouvernez mon sort
Que j'attends desormais ou ma vie ou ma mort.
Tout me trahit, Madame, & tout me persecute,
Aux plus grands des malheurs le ciel m'a mis en butte,
Et leurs traits toutesfois me sembleroient bien doux
S'ils me laissoient l'honneur d'estre estimé de vous.
Cet espoir tient encor ma fortune en balance,
Luy seul est le secours qui reste en ma deffence,
Et comme vostre coeur est grand & genereux,
Je n'oze pas encor me dire malheureux.

PAMPHILIE.

Quel est vostre malheur, & quelle est cette crainte?
Desja sans les sçavoir j'en partage l'atteinte,
Et mon amour est tel que vous luy feriez tort
De le croire sujet aux caprices du sort.
Vos rares qualitez, vos voeux, & vostre flame
L'ont depuis trop long-temps imprimé dans mon ame,
Et malgré vos soupçons je vous puis asseurer,
Qu'il n'est point de malheur qui le puisse alterer.
Mais enfin dictes nous quelle est vostre infortune?