GENEST.

C'est une passion à mes veux importune,
Un zele sans raison, un desir dereglé,
Et le pouvoir enfin d'un esprit aveuglé.

PAMPHILIE.

Un pere asseurement vous veut porter au change?
Et que soubs d'autres loix l'inconstance vous range?

GENEST.

Il le veut, Pamphilie, il le veut: mais apprends
Que d'injustes desirs me sont indifferends,
Et qu'avant que mon coeur consente à cette envie,
Mon amour à tes pieds immolera ma vie.

PAMPHILIE.

Je ne souhaitte pas un si funeste effet,
Et peut estre son choix est-il assez parfait
Pour porter son esprit à ces douces contraintes
Qui causent vos transports, & peut estre vos feintes.

GENEST.

Ha! de tous les malheurs dont je ressens les coups,
Voila le plus sensible, & plus rude de tous!
Quoy? quand tout m'est fatal, lors que tout m'abandonne,
Pamphilie elle mesme aujourd'huy me soupçonne?
Non non, Madame, non, ne me soupçonnez pas,
D'avoir voulu trahir mes voeux, ny vos appas;
Ce change malheureux que mon pere m'ordonne,
Regarde nos autels, & non vostre personne;
Il ne m'empesche pas que j'adore vos yeux,
Mais il veut pour le sien que je quitte nos Dieux,
Et que suivant l'abus de son erreur extréme,
Contre mes sentimens je le suive au baptéme.
Mais plutot que je change ou d'amour, ou de loy,
Plutost que je viole ou mes voeux, ou ma foy,
Que ces puissantes mains qui gouvernent la foudre,
D'un rouge traict de feu me reduisent en poudre.
Puissé-je estre des Dieux, & des hommes l'horreur,
De tous les elemens esprouver la fureur,
Et si jusqu'à ce point mon jugement s'oublie,
Que je sois à jamais hay de Pamphilie.