LUCIANE.

Je suis preste, ô Cesar! de suivre aveuglément,
Et tes intentions, & ton commandement,
Bien que je ne sois pas assez presomptueuse
Pour en ozer attendre une fin glorieuse:
Pourtant, puis qu'il te plaist, je ne m'en deffends pas,
Et j'emploiray l'adresse au deffaut des appas:
Mais enfin souvien toy, Seigneur, que Pamphilie,
A sur luy dez long-temps sa puissance establie,
Et que l'heureux effort de ce coup glorieux,
Appartient à sa langue aussi bien qu'à ses yeux.

PAMPHILIE.

Ha! change de discours, & cesse Luciane,
De vanter un pouvoir dont l'effect te condamne:
Son funeste projet ne m'a que trop appris,
Que je suis à ses yeux un objet de mespris,
Et que la passion que tu crois qui le dompte
N'est plus qu'un foible feu qui ne luit qu'à ma honte,
Que veux tu donc enfin que je fasse aujourd'huy?
Quoy? que ma lacheté m'abaisse contre luy?
Qu'apres son changement je flatte son audace?
Que je verse des pleurs? Que j'implore sa grace?
Non, non, sa trahison le rend trop odieux,
Et je me veux venger aussi bien que nos Dieux.
Cesar, si cet ingrat ne change de courage,
Espargne tes boureaux, il suffit de ma rage,
Tu ne le peux fraper d'un coup plus inhumain;
Laisse donc desormais cét office à ma main,
Et tu reconnoistras que le fer, & la flame,
N'ont rien de comparable au couroux d'une femme,
À qui par imprudence, ou par legereté,
On a manqué d'amour, ou de fidelité.

DIOCLETIAN.

J'approuve ton courage aussi bien que ton zele;
He bien! ne vas point voir cet Amant infidele;
Mais si dans sa fureur il demeure obstiné,
Je veux qu'à ton courroux il soit abandonné,
Que tout chargé de fers à tes pieds on l'ameine,
Et puis s'il ne se rend, qu'on l'immole à ta hayne.

Fin du troisiesme Acte.

ACTE QUATRIESME.

SCENE PREMIERE.

Pamphilie. Aristide.