Que feras-tu mon ame?
Hé bien me voylà seul où tu m'as fait venir.
Que resoudray-je enfin? que dois-je devenir?
Où tourneront mes pas? quel chemin dois-je suivre?
Quitteray-je un objet sans qui je ne puis vivre?
Quitteray-je un objet de graces revestu;
La perfection mesme, & la mesme vertu?
Un objet que je dois, & puis cherir sans blâme?
Olympie en un mot, & qui plus est ma femme?
Ah mon ame! c'est trop, je n'y puis consentir.
Dis moy qu'a-t'elle fait qui m'oblige à partir?
L'amour qu'elle a pour moy n'est-il pas legitime?
Ne puis-je pas aussi la posseder sans crime?
N'a-t'elle pas mon coeur? n'est-elle pas à moy?
Puis-je blâmer ses feux, ou douter de sa foy?
Non non, elle est charmante, elle est sage & modeste,
Son ame est toute pure, & sa flâme est celeste:
Toutesfois inhumain, ouy tu la veux laisser.
Estouffe coeur ingrat, estouffe ce penser,
Et croy qu'il n'appartient qu'à des ames barbares
D'abandonner ainsi des Espouses si rares,
Mais quoy le Ciel le veut, & son commandement
Dessus mes volontez agit absolument.
J'ay beau luy resister, il faut que j'obeisse,
Que pour suivre ses loix, Alexis se haisse,
Qu'il se prive de tout, & qu'en ce mesme jour
Il renonce à soy-mesme ainsi qu'à son amour.
Vous me le commandez Princesse souveraine
De la Terre & des Cieux incomparable Reyne.
Hé bien j'obeiray, je ne conteste plus,
Et sans perdre le temps en regrets superflus,
Je vais où vostre voix aujourd'huy me convie.
Adieu donc chere espouse, adieu chere Olympie,
Doux charme de mes sens, vertueuse beauté,
Rare exemple d'amour & de fidelité.
Adieu pardonne moy, si mon obeissance
Nous impose à tous deux une si rude absence,
Je te quitte, il est vray: mais j'atteste les Cieux
Que j'emporte en mon coeur, ce qu'on oste à mes yeux
Et qu'en quelques endroits que mon destin m'appelle
Malgré l'esloignement je te seray fidele.
Tout le monde n'a rien d'esgal à tes appas,
Et rien ne me pourroit arracher de tes bras
Si le divin objet qui m'invite, et me presse
N'estoit ma souveraine & premiere maistresse,
Je l'entend, elle veut que je quitte ce lieu,
Et tout ce que je puis, est de te dire Adieu.

Fin du Premier Acte.

ARGUMENT DU II. ACTE.

Polidarque & Philoxene ne pouvans si facilement se despouiller de la passion qu'ils avoient pour Olympie, rodent sur la fin de la nuict autour du Palais d'Euphemien, où s'imaginans que leur maistresse estoit en la possession d'Alexis, ils s'eschappent à quelques transports qui finissent par l'abbord d'Aristandre qui les meine vers l'Empereur qui les mandoit pour s'informer d'eux, s'ils ne sçavoient rien de l'absence d'Alexis qui mettoit toute la Cour en peine; en suitte de ce mandement s'ouvre la chambre nuptiale, en laquelle Olympie paroist en des-habillé, ses habits nuptiaux estans preparez sur une table, où apres plusieurs plaintes qui témoignoient son inquietude & son amour, elle rencontre soubs sa toillete le portraict d'Alexis, & une chaine de diamans qu'Alexis avant son depart y avoit laissée: cette veue redouble sa passion & ses regrets, dans lesquels Aglés, mere d'Alexis vient témoigner qu'elle prend beaucoup de part. Apres ces Scenes, Alexis paroist dans un bois avec deux ou trois Gueux qu'il a revestus de ses plus beaux habits en ayant pris un d'esclave, & là leur donnant son espée & son chapeau qu'il avoit encor en main avec son argent, les embrasse & leur dit Adieu. Ces pauvres si superbement revestus, & tous estonnez d'un eschange si advantageux font dessein d'aller à l'armée de l'Empereur.

ACTE II.

SCENE PREMIERE.

PHILOXENE, POLIDARQUE.

PHILOXENE.

Nos debas sont finis, s'en est fait Polidarque,
Nostre valeur en vain oblige un grand Monarque;
En vain nous terrassons ses plus faux ennemis,
Alexis a le prix qu'il nous avoit promis;
Il a tout nostre espoir, il a nos recompences,
Et voylà, cher amy, le fruict de nos absences.
Cependant qu'un Mignon par un destin plus doux
Triomphe insolemment d'Olympie & de nous.
Ah le lâche! il ne mit jamais la main aux armes,
Et nous tirions du sang quand il versoit des larmes;
Toutesfois son bon-heur le va mettre en un rang
Qui nous fera verser & des pleurs, & du sang.

POLIDARQUE.