Sans faire l'esprit fort, j'advoueray, Philoxene,
Que cet évenement m'a fait beaucoup de peine,
Et que le souvenir d'un si sensible affront
M'a mis la rage au coeur comme la honte au front:
Mais puisque s'en est fait, le mal est sans remede,
Nous perdons Olympie, Alexis la possede,
Et cet effeminé l'ayant en son pouvoir,
Se mocque maintenant de nostre desespoir:
Dissimulons Amy, quittons cette humeur noire,
Songeons doresnavant à sauver nostre gloire,
Et pour nous retirer d'une indigne prison,
Mettons au front d'amour les yeux de la raison.

PHILOXENE.

Que tu sens Polidarque une legere atteinte!
Qu'une flâme en ton coeur est aisément esteinte;
Et que facilement tu portes tes esprits
À passer sans regret de l'amour au mespris.
Helas, je tâche en vain d'estouffer en mon ame
Ce brazier importun qui me perd & m'enflâme,
Le vent de mes souspirs le rend plus violent,
Et plus je le combas plus il est insolent.
À quoy donc me resoudre? ah lâche en cet orage
Qu'un reste de prudence assiste ton courage:
Fuy cet indigne objet qui causa ton amour,
Quitte un injuste Prince, abandonne sa Cour,
Et par un traittement & si prompt & si rude
Tu puniras leur hayne, & leur ingratitude.
Mais que dis-je insensé? non changeons de projet,
Espargnons l'Empereur, & perdons un sujet,
Le traistre l'a seduit & gaigné par adresse,
Allons le poignarder au sein de sa maistresse,
Faire que cette nuict luy dérobe le jour,
Et qu'un traict de la mort chasse celuy d'amour.

POLIDARQUE.

Ah rappelle tes sens? & pour ton allegeance,
Qu'un genereux mespris te serve de vengeance,
Laisse les malheureux dans leurs fers enlassez,
Le temps & les regrets les puniront assez,
Et croy que le seul bruit de tes hautes conquestes
T'acquerera les voeux des beautez plus parfaictes.
Mais que cherche Aristandre? il s'advance vers nous.

SCENE II.

PHILOXENE, POLIDARQUE, ARISTANDRE.

PHILOXENE.

Que veux-tu?

ARISTANDRE.