AGLEZ, OLYMPIE, LUCELLE, VIRGINIE.
AGLEZ.
Chere fille, & femme trop aymable
D'un fils qui me fut cher, autant qu'impitoyable,
Helas avec quel front me puis-je presenter
Devant ces yeux divins que je crains d'irriter,
Si je vous parle encor de cet autre Thesée
Qui vous a comme moy lachement abusée.
Ouy Madame, l'ingrat a trahy sans pitié
Son Espouse, & son sang; l'amour & l'amitié;
Et pour vous consoler en ces tristes alarmes
Je viens joindre à vos pleurs ma tristesse & mes larmes;
Je sçay que ma presence est un foible secours,
Et qu'en vain j'y voudrois adjouster le discours,
Les petits desplaisirs font de belles harangues,
Mais la nature aux grands n'a point donné de langues;
Aussi pour relever vostre esprit abatu
Je laisse cet effort à sa seule Vertu,
Et j'espere de vous interdite & confuse
La consolation qu'un enfant me refuse.
OLYMPIE.
Comment pourrois-je, helas, en ces occasions
Donner à vos regrets des consolations,
Si dans l'extremité du malheur qui m'accable
En mes propres ennuis, je suis inconsolable.
Ah Madame, je vois où tendent vos propos,
Ma presence aujourd'huy trouble vostre repos,
Elle accroit vos douleurs, & vous me venez dire
Qu'il faut que je vous laisse, & que je me retire,
Alexis est party, bien, vous avez raison,
Luy seul me donnoit droit dedans cette maison.
Sortons donc, j'y consens, ouy changeons de demeure.
AGLEZ.
Ô Ciel! que dites vous?
OLYMPIE.
J'obeïs toute à l'heure,
Il est juste.