Souvenez vous que je suis Philoxene,
Que je vous ayme enfin.
OLYMPIE.
J'ay bien d'autres soucis.
PHILOXENE.
J'espere tout du temps.
OLYMPIE.
Et moy tout d'Alexis,
Luy seul est tout le soing & l'espoir d'Olympie;
Et j'attens de luy seul ou la mort ou la vie.
SCENE III.
OLYMPIE seule.
Sacré flambeau du jour, Ame de l'Univers
Qui vois tant de pays & de peuples divers,
Bel Astre si faisant ta course accoustumée
Tu descouvres jamais cette personne aymée
Dont l'injuste depart me donne tant d'ennuy;
Aprens à cet ingrat ce que je faits pour luy,
Conte luy les combats qu'un Empereur me livre
Avec combien d'ardeur tu l'as veu me poursuivre,
Et comme avecque luy presque toute sa Cour
A taché vainement d'alterer mon amour,
Ou plûtot beau soleil si mon ame affligée
Merite d'estre encor par tes rais obligée;
Seconde mon amour, sers de guide à mes pas,
Nous le descouvrirons par ses propres appas,
Et je seray bien aise en ce bon-heur extréme
D'estre de mes travaux Messagere moy-mesme;
Mais helas, où m'emporte une si belle ardeur?
Ma passion combat avecque ma pudeur,
De deux traits differens je sens mon ame atteinte,
L'espoir donne à mon coeur, ce que m'oste la crainte,
Et dans ce dur combat de peur & de desir
Mon esprit incertain ne sçauroit que choisir.
Quoy je consulte encor lâche, & je delibere,
Ce que je dois vouloir, & ce que je dois faire?
Vains & foibles respects pourquoy m'arrestez vous?
Une femme en tous lieux doit suivre son espoux,
Et ny tous les perils de la terre & de l'onde,
Ny les monstres affreux dont l'Univers abonde,
Ny le chaud, ny le froid, ne doivent empescher
La poursuitte d'un bien qui doit estre si cher.
N'a-t'on pas veu jadis une constante femme
Mespriser noblement & le fer & la flâme,
Et passer à travers de mille bataillons
Pour tuer un Tiran dedans ses pavillons?
Pourquoi luy laisseray-je un si grand advantage?
Je n'ay pas moins de coeur, d'adresse, & de courage,
Et le divin objet qui fait ma passion
Ne merite pas moins de resolution.
Allons donc Olympie, allons, allons le suivre,
C'est aupres d'Alexis qu'il faut mourir ou vivre,
Le Ciel & mon amour m'imposent cette loy.
Mais helas cet effet ne depend pas de moy,
Mon malheur me cachant en quel endroit du monde,
Il peut avoir borné sa course vagabonde,
Je souffrirois pour luy des travaux superflus,
Et chercherois un bien qui peut estre n'est plus.
Ô funeste pensée! ô rigoureuse atteinte,
Divertisse le ciel les effects de ma crainte;
Mais malgré mes desirs, & la nuict & le jour,
Tousjours cette importune est jointe à mon amour:
Vien donc cher Alexis, ou bien fay que je sçache
Quel endroit à mes yeux te dérobe & te cache,
Et malgré les rigueurs & de l'onde & de l'air
Sur les aisles d'amour on m'y verra voler:
Sinon autant qu'à moy ta mort est incertaine,
Sois certain, cher Espoux, que la mienne est prochaine,
Et que sans un si doux quoy qu'inutile espoir,
Le renom dedans peu te la feroit sçavoir.