SCENE IV.
ALEXIS, en un costé du Theatre où sera representé un naufrage.
Triste jouet des vents de l'onde, & de la terre,
Faut-il tant d'Elemens pour te faire la guerre?
Miserable Alexis, la rigueur de ton sort
Ne suffit-elle pas pour te donner la mort?
Sans que le ciel encore arme contre ta teste,
Et la foudre, & les traits d'une horrible tempeste?
Non non, pour te priver de tant de maux divers,
Qu'à ton occasion, Olympie a souffert;
Ses divines beautez à qui tu faits injure
Te doivent rendre horrible à toute la Nature,
Et te faire sentir les traits plus furieux
Que puisse décocher la colere des Cieux,
Mais en obeissant à leur decret auguste,
Encor que ton depart fust cruel, il est juste;
Et je souffre pourtant un supplice eternel
Par ce mesme depart, si juste & si cruel.
N'importe, c'est du ciel la fatale ordonnance,
Ne murmurons jamais contre sa providence,
Et voyons d'un mesme oeil & d'un esprit égal
Tout ce qu'il nous prepare, ou de bien ou de mal.
Mais quel est ce climat où m'a jetté l'orage?
Si je ne suis deçeu, je connois ce rivage,
Je connois ce pays, & ces aimables lieux
Qui furent autrefois si charmans à mes yeux:
Rome en fin n'est pas loing, & le sort m'y ramene,
Comme on fait un esclave eschappé de sa chaine,
Qui par un coup secret de ses fatalitez
Retombe dans les fers qu'il avoit évitez.
C'est icy ma vertu que malgré ces amorces
Il me faut au besoin montrer toutes tes forces;
C'est icy qu'il faut vaincre & qu'il faut triompher
De tes propres desirs, du monde & de l'enfer;
Rome est le champ d'honneur & l'illustre theatre
Où le Ciel te commande aujourd'huy de combattre.
Mais sçais tu bien mon coeur ce que tu vas tenter?
Sçais tu les ennemis que tu vas affronter?
C'est un pere, une soeur, une mere, une femme,
Olympie, ou plutôt la moitié de ton ame.
Où vas tu temeraire, & quel est ton espoir?
Pourras tu seulement te resoudre à les voir?
Pourras tu soustenir des regards pleins de charmes,
Entendre ses souspirs, & voir couler ses larmes,
Sans ceder aussi tost aux traits de la pitié,
Et te jetter aux pieds de ta chere moitié?
Ouy ouy, le Ciel encor me promet la victoire,
Plus le danger es grand & plus grande est la gloire,
Allons nous couronner en ce combat fameux,
Et rendre nostre sort memorable aux Neveux.
Fin du Troisiesme Acte.
ARGUMENT DU IV. ACTE.
Alexis estant à Rome devant le Palais d'Euphemien le void passer avec l'Empereur, & les deux Amans Rivaux qui solicitoient Honorius à faire rompre le mariage d'Alexis, à quoy l'Empereur respond qu'il falloit assembler le Senat pour une affaire de telle consequence, & promet à Euphemien d'avoir esgard à ses interests. L'Empereur & sa suitte s'estans retirez, Alexis extremement changé, & par les vestemens & par les fatigues qu'il avoit souffertes, mesme à cause du poil qui luy estoit venu depuis son depart se presente à son pere qui ne le reconnoit point, & luy accorde un coin dans sa maison pour y vivre des restes des valets: Cependant Olympie paroist dans un cabinet où il y a une carte du monde, dans laquelle son inquietude luy fait parcourir toute la terre & les mers, comme si cette carte luy pouvoit enseigner le sejour de son Alexis. En suitte de cette Scene, Alexis paroist dans sa grotte où il est persecuté des valets de son pere, qui s'enfuient voyant venir Olympie avec Philoxene, qui luy voulant parler de son amour en est rudement rebuté; de sorte qu'estant contraint de se retirer: Olympie aborde Alexis pour s'informer de luy, si ayant esté vagabond en plusieurs contrées il n'auroit point par hazard rencontré son Alexis, à quoy ne respondant qu'en termes ambigus; Olympie se retire sans l'avoir reconnu, & Alexis demeure tellement touché de cette veue, & des assauts qu'il avoit soufferts en son coeur, qu'il se voit reduit au poinct de sa mort, avant laquelle, il escrit sa vie dans un billet qu'il tient enfermé dans sa main jusques apres son trespas.
ACTE IIII.
SCENE PREMIERE.
ALEXIS.
Enfin c'est à ce coup que tu vois la carriere,
Il n'est, il n'est plus temps de marcher en arriere;
Voicy Rome, Alexis, & voylà le Palais
D'où toy-mesme as banny le repos, & la paix:
Advance malheureux, qu'est-ce que tu regardes?
Mais je vois l'Empereur au milieu de ses Gardes,
Ô ciel en quel estat me trouvé-je reduit.