ALEXIS.

Un homme dont le sort est abjet à l'extreme,
Qui pressé du malheur y succombe luy-mesme,
Et ne peut subsister sans ayde, ou sans appuy,
Est mal propre Madame, à secourir autruy:
Regardez qui je suis, regardez qui vous estes,
Vous changerez bien-tôt le dessein que vous faictes,
Et sans rien esperer d'un esprit abatu
Vous tiendrez tout du ciel, & de vostre vertu.

OLYMPIE.

Il est vray que le ciel s'il m'estoit plus propice
Pourroit à mes desirs rendre ce bon office;
Mais il m'apprend assez qu'il est trop rigoureux
Pour se rendre jamais favorable à mes veux.

ALEXIS.

Ah Madame!

OLYMPIE.

J'ay tort, il est vray je blaspheme,
Mais on perd la raison en perdant ce qu'on ayme,
Et lors que le malheur nous reduit à ce poinct
Un coeur est bien constant qui ne murmure point:
J'ay perdu, mais ô Dieu puis-je dire ma perte
Sans voir en mesme temps ma sepulture ouverte?
J'ay perdu, dis-je, helas l'objet le plus parfaict
Que l'Univers ait eu, que la Nature ait faict
Un espoux tout divin, un homme incomparable;
Mais cruel à moy seule, & pourtant adorable.

ALEXIS.

Ah ne luy donnez pas ces belles qualitez
Ny ces noms glorieux qu'il n'a pas meritez;
Traittez le plutôt d'ingrat & de barbare,
Puis qu'il a pû quitter une beauté si rare,
Et ne regrettez pas un infidele espoux
Que le ciel vous ravit comme indigne de vous.