Adieu donc celeste beauté,
Beaux yeux pleins de rigueurs autant que de merveilles,
Graces qui sans ma flâme & ma fidelité
Seriez aujourd'huy sans pareilles;
Objet si peu sensible à ma tendre amitié,
Du moins en ma faveur escoutez la pitié.

Soit que Mars parmy les batailles
Me fasse succomber soubs l'effect de ses coups,
Ou qu'ailleurs le destin fasse mes funerailles;
Sçachez que je mouray pour vous,
Et le dernier souspir qui finira ma vie
Parlera de l'amour que j'eus pour Olympie.

OLYMPIE.

Et le dernier soûpir qui m'ostera le jour
Fera voir qu'Alexis a toute mon amour.

SCENE VII.

ALEXIS, OLYMPIE.

ALEXIS.

Tu le vois, tu l'entens, la preuve en est visible,
Et pourtant inhumain, tu restes insensible?
Quoy tu causes sa mort, & tu vis? mais helas.
Elle vient. Ô vertu ne m'abandonne pas.

OLYMPIE.

Digne objet de pitié, mais beaucoup plus d'envie,
Si ton sort se compare à celuy de l'impie,
Cesse de t'estonner de me voir pres de toy,
Tousjours un malheureux cherche un semblable à soy,
Et les amis du sort ne sont pas agreables:
À ceux que la fortune a rendus miserables,
Remets donc ton esprit, & rappelle tes sens,
Sçache que je prends part aux maux que tu ressens,
Et que loing de te fuir, l'excez de ta misere
Fait que je te cheris, & que je te revere.
Je treuve aupres de toy mes consolations,
Et l'unique secours de mes afflictions:
C'est de toy que j'apprens à vaincre l'insolence
Du malheur qui m'attaque avecque violence,
Et c'est toy seul aussi qui braves les travaux,
Que je veux faire icy confident de mes maux.