Ouy, je connois assez que je suis malheureux,
J'en vois, j'en vois l'arrest dans cet oeil rigoureux,
Au lieu de l'adoucir ma presence l'irrite,
Avec beaucoup d'amour j'ay trop peu de merite,
Et moy pour mon malheur je descouvre en ce jour
Tout le merite en vous Madame, & point d'amour.

OLYMPIE.

Je n'ayme point de vray cette cajollerie,
Voulez vous m'obliger, laissez moy je vous prie.

PHILOXENE.

Hé bien, je vay partir, recevez mes adieux;
Mais au moins pour un peu tournez vers moy les yeux,
Et ne refusez pas à ma douleur profonde
Ce que la courtoisie accorde à tout le monde,
Je ne demande plus ny pitié ny secours,
Et mon espoir finit avecque ce discours.

S'en est fait, malgré mon attente
Mon amour va ceder à la rigueur du sort:
Ma flâme vous déplaist, hé bien; vivez contente.
Moy je vay courir à la mort,
Je vay par mon trespas complaire à vostre envie,
Et finir vos mespris par la fin de ma vie.

Dés lors que je vis vos attraits
Et vos yeux si sçavans en l'usage des charmes
Tout blessé que j'estois j'en adoray les traits,
Ma franchise mit bas les armes,
Et jamais toutesfois ces superbes vainqueurs
Ne se sont desarmez des traits de leurs rigueurs.

Jamais cette ardeur non commune
Dont encor aujourd'huy je combas vos mespris,
N'ont pû changer le cours de ma triste fortune.
Tousjours le desdain fut mon prix,
Et tousjours vos rigueurs seront la recompence
Que vostre cruauté promet à ma constance.

Mais puisque cet ingrat amour
Qui soubsmit ma franchise aux loix de vostre empire,
Consent avecque vous que je perde le jour,
De peur d'alleger mon martire
Avecque vos rigueurs je vay quitter ce lieu,
Et je vous dis, Madame, un eternel adieu.

Mars qui connoit bien que vos charmes
Ne se disposent pas à faire mon bon-heur,
Me commande aujourd'huy d'aller prendre les armes
Pour mourir dans le lit d'honneur,
Et je vay satisfaire à cette noble envie
Si l'on peut vous laisser sans qu'on laisse la vie.