HONORIUS.

Mais vous mesme cessez, belle & sage Olympie,
De tenir un discours contraire à mon envie;
Si le Sort en naissant vous soubsmit à mes loix,
Vostre rare beauté qui triomphe des Rois
Vous dispense aujourd'huy de cette obeïssance
Que toute autre que vous devroit à ma puissance,
Et par ces doux attraits qui sçavent tout ravir,
Inspire aux plus grands coeurs l'ardeur de vous servir.
Cette necessité qui n'espargne personne
Me fait mettre à vos pieds mon Sceptre & ma Couronne,
Et mes sens devenus vos plus chers partisans
Ont adjoûté mon coeur à ces nobles presens:
Recevez, Olympie, & Sceptre & Diadéme,
Recevez pour Espoux un Prince qui vous aime,
Et par un peu d'amour respondant à ses voeux,
Vous payrez ses bien-faits, & le rendrez heureux.

OLYMPIE.

Je pourrois écouter l'offre que vous me faites,
Si je pouvois, Seigneur, ignorer qui vous estes,
Mais cet auguste front qui se fait reverer
Me dit trop, grand Monarque, où je dois aspirer,
Et qu'un peu de beauté que je treuve imparfaite
Ne me dispense pas du devoir de sujette:
Dans cette connoissance étouffant mon orgueil,
Le Thrône est à mes yeux un dangereux écueil,
Où les ambitieux & superbes courages
Pensans trouver un port rencontrent leurs naufrages.
Ne me parlez donc plus de ces rares presens,
Ces illustres fardeaux sont pour moy trop pesans,
Et vous devez donner à ce coeur adorable
Un objet plus parfait & plus considerable:
Pour moy je ne veux rien de vostre Majesté,
Sinon que mon repos ne me soit pas osté;
Si j'obtiens ce bon-heur, mon ame est satisfaite,
Et mon esprit content à tout ce qu'il souhaite.

HONORIUS.

Par cette humilité vous me rendez confus,
Mais cet abaissement n'est qu'un adroit refus,
Et quand vous aurez mieux reconnû mon hommage
Vous changerez peut-estre un si triste langage.
Souvenez vous enfin qu'il est beau de regner.

OLYMPIE.

Le sort d'Athenaïs a pû me l'enseigner.

HONORIUS.

Je suis Honorius, & non pas Theodose.