— Père, ne te moque pas de nous, dit enfin l'aîné.

— Voyez un peu le beau sire! et pourquoi donc ne me moquerais-je pas de vous?

— Mais, parce que… quoique tu sois mon père, j'en jure Dieu, si tu continues de rire, je te rosserai.

— Quoi! fils de chien, ton père! dit Tarass Boulba en reculant de quelques pas avec étonnement.

— Oui, même mon père; quand je suis offensé, je ne regarde à rien, ni à qui que ce soit.

— De quelle manière veux-tu donc te battre avec moi, est-ce à coups de poing?

— La manière m'est fort égale.

— Va pour les coups de poing, répondit Tarass Boulba en retroussant ses manches. Je vais voir quel homme tu fais à coups de poing.

Et voilà que père et fils, au lieu de s'embrasser après une longue absence, commencent à se lancer de vigoureux horions dans les côtes, le dos, la poitrine, tantôt reculant, tantôt attaquant.

— Voyez un peu, bonnes gens: le vieux est devenu fou; il a tout à fait perdu l'esprit, disait la pauvre mère, pâle et maigre, arrêtée sur le perron, sans avoir encore eu le temps d'embrasser ses fils bien-aimés. Les enfants sont revenus à la maison, plus d'un an s'est passé depuis qu'on ne les a vus; et lui, voilà qu'il invente, Dieu sait quelle sottise… se rosser à coups de poing!