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Les réjouissances de la fête de Noël remontent aux temps les plus reculés de l'Église. C'est une des fêtes les plus anciennes du christianisme. Les historiens religieux ne sont pas absolument d'accord sur la date exacte de son institution. Suivant les uns, c'est l'évêque Télesphore qui l'établit en l'année 138; mais on célébrait alors l'anniversaire de la naissance du Christ à des époques variables, tantôt au mois de janvier, tantôt au mois de mai. C'est dans le cours du quatrième siècle que Cyrille, évêque de Jérusalem, demanda au pape Jules Ier d'ordonner une enquête parmi les docteurs d'Orient et d'Occident sur le véritable jour de la nativité de Jésus-Christ. Les théologiens consultés s'accordèrent pour désigner, le 25 décembre, ou plutôt le jour correspondant, car le calendrier grégorien n'existait pas encore, et c'est depuis lors que la fête de Noël est restée fixée à cette époque.
L'Église a conservé cette coutume; mais les cérémonies de Noël ont subi, suivant les temps et les pays, de notables modifications, le seul trait qui leur soit resté commun, c'est qu'elles ont toujours exprimé la réjouissance; toutefois, cette gaieté s'est traduite d'une façon plus ou moins originale.
Au moyen-âge, dans l'Église d'Occident, la fête était représentée par des jeux scéniques; des personnages récitaient des compositions religieuses autour de la crèche où reposait l'Enfant Jésus. Joseph et Marie, assis à ses côtés, jouissaient en silence de la gloire de leur divin fils. Ce spectacle, innocent d'abord, ne tarda pas à dégénérer en des bouffonneries qui rappelaient d'assez près la fête des fous; c'est alors que l'autorité ecclésiastique le supprima. Cependant quelques églises en conservèrent les traces dans un office appelé l'office des pasteurs. Le peuple chantait les noëls, cantiques versifiés en patois ou en langue vulgaire, dont quelques-uns étaient remarquables à force de simplicité et de naïveté. Il y a à peine un siècle, à Valladolid, dans la dévote et catholique Espagne, on représentait encore, au milieu des églises les mystères de la Nativité.
Les personnages qui étaient en scène portaient des masques grotesques et des habits d'un goût douteux. Ils étaient accompagnés par les castagnettes, les tambours de basque, les guitares et les violons. Puis tout à coup, les femmes et les jeunes filles entraient en danse, portant à la main des cierges allumés. En quelques endroits, on faisait collation pour être mieux en état de supporter les fatigues de la nuit.
C'est de là que sont venus les réveillons dont l'habitude subsiste encore, quoique bien amoindrie, aujourd'hui.
Ils commencèrent au moyen-âge. Dans ce repas, la gaieté, jusqu'alors contenue, se donnait un libre cours; si Noël tombait un vendredi, le pape autorisait l'usage de la viande en signe d'allégresse et aussi, prétendent quelques théologiens, parce qu'en ce jour «le Verbe s'est fait chair». Dans les familles on bénissait la bûche de Noël, que l'on arrosait de vin et autour de laquelle on se livrait à des libations. C'est dans cette coutume sans doute qu'il faut voir l'origine de l'arbre de Noël, si fêté en Alsace et dont on retrouve l'usage en la plupart des pays chrétiens.
Au treizième siècle, d'après les plus vieilles chroniques françaises, on donnait à ses amis, pour les fêtes de Noël, des gâteaux appelés niueles et un poulet rôti; on chantait, dit sainte Palaye, des cantiques appelés noëls, où la naissance du Christ, l'adoration des mages et des bergers, étaient célébrées dans un langage naïf.
Chaque province avait ses noëls. Ceux de La Monnoye, en patois bourguignon, ont beaucoup de réputation. Leur auteur, un poète et un érudit, mort au commencement du siècle dernier, avait recueilli ces poésies populaires pour se délasser de travaux plus sérieux. Elles forment aujourd'hui la meilleure part, sans contredit, de son bagage littéraire. Lorsque les noëls de La Monnoye parurent en 1701, ils acquirent promptement une célébrité telle qu'on chantait les refrains partout, même à la cour où les beaux seigneurs s'amusaient à parler le patois bourguignon. Comme les couplets étaient spirituels et assez malins, en dépit de leur apparente naïveté, l'autorité ecclésiastique s'émut; elle crut voir dans le succès de ces noëls une raillerie des choses saintes et une tendance à l'impiété.
Le recueil de La Monnoye fut déféré à la censure de la Sorbonne, qui eut le bon esprit de l'absoudre.