La bûche de Noël ou tréfoir donnait lieu à une fête de famille; on appelait la bénédiction du ciel sur la maison. La distribution du pain de Calandre avait le même but.
Cette fête marquait si bien l'allégresse universelle que le mot de Noël devint synonyme de réjouissance. Aux entrées des rois et dans toutes les solennités, le cri de Noël! Noël! retentissait sur les places publiques.
Dans le midi de la France, la fête de Noël est l'objet de manifestations spéciales rappelant le souvenir de certains usages païens. La veille de Noël, au lieu de jeûne et de mortifications, on ouvre la fête par un grand souper. La table est dressée devant le foyer où pétille, couronné de lauriers, le cariguié, vieux tronc d'olivier desséché que l'on a conservé toute l'année avec soin pour cette solennité. Avant de s'asseoir à table, on procède à la bénédiction du feu, pratique qui sent terriblement l'idolâtrie. Le plus jeune enfant de la famille s'agenouille devant le feu et le supplie, en répétant les paroles consacrées que lui souffle son père ou un des anciens du village, «de bien réchauffer pendant l'hiver les pieds frileux des petits orphelins et des vieillards infirmes, de répandre sa clarté et sa chaleur dans toutes les mansardes prolétaires, de ne jamais dévorer l'éteule du pauvre laboureur, ni le navire qui porte les marins dans les mers lointaines.» Puis il bénit le feu, c'est-à-dire qu'il l'arrose d'une libation de vin cuit, à laquelle le cariguié incandescent répond par des crépitations joyeuses. Puis on se met à table. Après le souper, on se réunit en cercle autour du cariguié et l'on chante des noëls jusqu'à minuit, l'heure à laquelle on se rend en masse à la première messe.
Les protestants ne fêtent pas moins la Noël que les catholiques. Calvin cependant, par réaction contre la multiplicité des fêtes, avait voulu qu'à Genève celle de Noël fût remise au dimanche suivant. Mais l'antique usage a prévalu, et c'est peut-être en Angleterre dans un pays protestant, que la fête de Noël a le plus de solennité, sous le nom de fête de «Christmas».
DOUZIÈME DEVOIR
LA FÊTE DES ROIS
«De grand matin
J'ai rencontré le train
De trois grands rois qui partaient en voyage;
De grand matin
J'ai rencontré le train
De trois grands rois le long du grand chemin».
Parlons de cette fève souveraine qui donne la royauté pendant quelques heures, et apporte des instants de plaisir et de douce joie à la famille et aux amis, réunis autour du gâteau.
La fête des Rois se célèbre avec plus d'enthousiasme depuis quelques années; le Français à l'esprit toujours frondeur, aime à crier: Vive le Roi! en République.
Dans toutes les familles on achète le traditionnel gâteau ou la modeste galette à la fève. Riches et pauvres, petits et grands tiennent à se donner un reflet de royauté, l'espace d'une soirée au moins—car le titre de Roi a conservé tout son prestige.