Aussi a-t-on vu de temps en temps parmi les bijoux les plus en vogue de nouvel an, tantôt l'épingle petit Pierre en souvenir de Mme la duchesse de Berry; le cœur vendéen de Charette, tantôt l'Étendard Jeanne d'Arc, la broche Blanche de Castille et le collier François Ier. Après cela on a fabriqué un bijou royaliste d'un nouveau genre, une fève en or émaillé, fleurdelisé s'ouvrant en breloque sur le portrait l'un des membres de la famille royale.
Vraiment la Mode, qui ne craint pas, elle, d'être détrônée, est une maligne souveraine se glissant partout, que vous en semble? Mais revenons à la fête qui nous occupe.
Certains écrivains prétendent que la cérémonie du Roi de la Fève tire son origine des Saturnales se célébrant à Rome aux calendes de janvier. En ce jour, les maîtres du monde, ces vertueux pères conscrits, voulaient bien admettre à leur table sur le pied d'égalité, image fortunée de l'âge d'or, disaient leurs poètes parasites, les esclaves, pâture habituelle des lions de l'amphithéâtre. Caprice dérisoire, gentillesse féroce, car le cirque et les mines se rouvraient le lendemain.
Dans ces repas romains, on portait un gâteau divisé en autant de parts qu'il y avait de convives; un enfant, représentant Apollon et caché sous la table, était consulté par ces mots; Phœbe Domine? par corruption de Fabæ Domine, seigneur de la fève; et chacun des assistants désignés par lui recevait sa part des mains de l'amphitryon.
Le Roi du festin était, chez les Romains, un convive ayant autorité sur les autres pour animer la fête; parfois cette royauté se tirait au sort avec les dés.
Les ordonnances de l'élu du festin consistaient à commander de boire plus ou moins, de chanter, d'improviser ou de réciter des vers, de jouer à tel ou tel jeu.
Les Romains eux-mêmes tenaient cet usage des Grecs, qui en usaient de la sorte pour l'élection de leurs magistrats. C'est par allusion à cette coutume que Pythagore disait: A Fabis abstine (ne vous mêlez pas du gouvernement). Ses disciples, après sa mort, ayant altéré sa doctrine, traduisirent sans plus de façon: Ne mangez pas de fèves. C'est sans doute dans ce sens qu'Horace, continuant leur erreur, dit: Faba Pythagoris amica.
Il est possible que la religion, tout en s'emparant des temples païens, se soit aussi assimilé, en les épurant, les usages druidiques, scandinaves et romains enracinés dans les populations; mais cependant tout porte à croire que la Fête des Rois a une origine essentiellement religieuse. Les Pères de l'Église et les grandes traditions bibliques sont là pour nous le rappeler.
À la naissance du Christ, trois Rois Mages, guidés par une étoile mystérieuse, vinrent à la crèche de Bethléem adorer l'Enfant-Dieu[7].
Ils étaient trois sans compter leur suite, Gaspard, Balthazar et Melchior, représentant, au pied du Messie, les trois branches de l'humanité: Melchior, les descendants de Sem; Gaspard, ceux de Cham, et Balthazar, ceux de Japhet; ils venaient de l'Orient de la partie qu'on nomme Arabie Heureuse, Ces trois souverains qui s'agenouillent aux pieds de l'Enfant divin, c'est la richesse inclinée devant la pauvreté; la force devant la faiblesse; et c'est aussi le symbole de la barbarie qui se soumet à la puissance nouvelle, à l'idée de justice et de fraternité.