Dans bien des pays existe encore cette pieuse coutume de suspendre aux petits lits des enfants, comme un talisman de bonheur, le rameau bénit qui appelle sur eux la protection du Ciel, et nous apparaît comme un abrégé de toutes nos croyances.

Rameaux précieux, tes branches embaumées sont un appel à nos âmes qui doivent aussi fleurir pour la vertu et s'épanouir en bonnes œuvres. Il est rapporté, dans une touchante et pieuse légende, que les rameaux des prédestinés reverdissent dans leur tombe. Oui, leur fraîche verdure parle du Ciel; elle symbolise à nos regards l'espérance des chrétiens, appelés à conquérir la vie éternelle.

QUINZIÈME DEVOIR

LE VENDREDI SAINT

Hier, Jeudi Saint, nous avons eu sortie l'après midi, toutes les élèves sont allées visiter les sépulcres, généralement très beaux. En voyant l'affluence des fidèles dans les chapelles et dans les églises on se dit, avec une profonde joie au cœur, que la Foi n'est pas morte dans notre douce France, et cependant que ne tente-t-on pas pour l'affaiblir, l'ébranler, l'arracher même des consciences? Voilà plusieurs années qu'on a commencé et l'œuvre néfaste se continue toujours. Aujourd'hui, hélas! d'après l'odieux arrêté du ministre de la marine, on a proscrit l'hommage rendu à Dieu le Vendredi-Saint, à bord de tous nos navires.

On sait que, le jour du Vendredi-Saint, les bâtiments de nos escadres mettaient leurs pavillons en berne. Cette tradition n'était pas spéciale à la marine de guerre, elle est générale dans la marine de commerce et même de plaisance. Mais à présent, les francs-maçons ont découvert que cet usage hautement clérical, constitue, non seulement une insulte à la liberté de conscience, mais encore un outrage à la République. Non, il y avait point danger pour la République parce que, un jour par an, le pavillon était amené à mi-mât sur nos navires de guerre, et cet usage, loin d'offenser la conscience de nos marins, était, au contraire, absolument conforme à leurs sentiments religieux et à leurs aspirations de croyants.

C'est égal, les sectaires auront beau faire et dire, ils passeront avec leurs stupides théories et nous verrons un jour cette tradition séculaire reprendre ses droits.

Le Vendredi-Saint me rappelle une petite historiette que j'ai entendu quelquefois raconter à mon vieil oncle Edmond, qui, jadis, sillonna les mers, quand il était capitaine au long cours. Alors il était fort jeune et débutait dans la carrière comme second à bord d'un grand navire de commerce du Havre, naviguant en ce moment aux confins de l'Atlantique.

Je laisse parler mon oncle.

«Le Jeudi-Saint, je fus trouver mon capitaine et lui demandai quel genre de vivres il faudrait distribuer le lendemain à l'équipage en ce jour anniversaire de la mort de Notre-Seigneur, jour que tous les chrétiens respectent; parfois même, ceux qui se posent en libres-penseurs.