DIX-HUITIÈME DEVOIR

LA FÊTE DIEU

I

Cette fête si attrayante n'apparut qu'assez tard, dans le cycle liturgique.

La grande fête du Saint-Sacrement, que tout le monde catholique célèbre avec tant de solennité, remonte seulement au XIIIe siècle.

Jusqu'au XIe siècle on portait bien à la procession des Rameaux et dans plusieurs églises d'Angleterre et de Normandie, la Sainte Eucharistie renfermée dans un ciboire; mais ce rite n'avait d'autre but que de reproduire la scène de Jésus entrant à Jérusalem, au jour des Palmes et non à rendre à Jésus, considéré dans son sacrement, les honneurs publics et éclatants de nos processions modernes.

«C'est une sainte fille, âgée de seize ans, la bienheureuse Julienne du Mont Cornillon, religieuse hospitalière près de la ville de Liège, qui fut choisie par Dieu pour provoquer l'institution d'une fête annuelle en l'honneur du Très Saint-Sacrement. Dans sa cellule, l'amour de Jésus-Christ la tourmente et l'embrase; elle pleure sur l'aveuglement des hommes qui le méconnaissent, et rien ne peut la consoler, parce qu'elle voit le Dieu qu'elle adore outragé sur les autels où sa bonté le fait habiter… Dans ses saints regrets, dans ses ardentes prières, des extases la ravissent au-dessus de la terre. Elle a alors une singulière vision s'offrant à elle en chacune de ses oraisons. Il lui semble voir la lune pleine dans tout son éclat, mais avec une petite échancrure. Cette vision étrange la poursuit partout, elle la retrouve dans son sommeil comme dans sa prière. Pendant deux ans, elle fait de vains efforts pour chasser cette image; elle craint même que ce ne soit une tentation et adresse à Dieu beaucoup de prières pour en être délivrée.

Enfin le Ciel daigne lui découvrir la signification de ce mystère: un jour qu'elle priait avec une angélique ferveur, il lui fut dit intérieurement que cette lune représentait l'Église et que cette petite échancrure marquée sur son disque désignait l'absence d'une solennité dans le cycle de la liturgie, celle du Saint-Sacrement.

«Je veux, dit Notre-Seigneur à Julienne, qu'une fête spéciale soit établie en l'honneur du Sacrement de mon Corps et de mon Sang. Et c'est toi, ajouta-t-il, que je choisis pour faire connaître la nécessité de cette fête et pour t'en occuper la première.

—Seigneur, répondit la pauvre fille, moi, la dernière de vos créatures, que puis-je pour une pareille œuvre? Daignez vous adresser à des saints, à des savants et me délivrer de cette inquiétude.