Elles sont encore fréquentes en Italie, en Espagne, en Portugal et en
Belgique.
On distingue les processions commémoratives, votives, de bénédictions, d'intercessions, d'honneur, à stations, d'actions de grâce, de pèlerinages, de translation et enfin de pénitence. À ce propos, on peut rappeler le trait suivant. Un de nos rois, faisant un jour une procession de ce genre à travers sa bonne ville de Paris, pieds nus et les reins ceints d'une corde, rencontra le bourreau emmenant un pauvre diable à Montfaucon. «Sire, s'écria le malheureux, ayez pitié de moi!
—Soit, dit le roi en s'arrêtant, il faut donner aux coupables le temps de se repentir; bourreau, tu ne pendras cet homme, que lorsqu'il aura dit, à haute voix, son acte de contrition.» Et le roi continua sa marche.
Une demi-heure après, l'aide du bourreau accourait à toutes jambes. «Sire, le condamné a déclaré qu'il ne dira jamais tout haut son acte de contrition et comme on ne peut le pendre qu'après; le bourreau est fort embarrassé. Que faire?»
Le roi réfléchit un instant, puis souriant répondit: «Un roi n'a que sa parole, je fais grâce au condamné.»
La fête des Rogations vient du mot rogare, prier, elle fut instituée en 474 par saint Mamert, évêque de Vienne, en Dauphiné, dans le but d'attirer la protection de Dieu sur les biens de la terre; elle consiste en processions autour des champs, pendant lesquelles le prêtre bénit la terre, en appelant sur elle les grâces du Ciel. On la célèbre pendant les trois jours qui précèdent l'Ascension.
Ce fut le pape saint Grégoire le Grand qui institua la grande litanie ou procession de saint Marc, l'an 590 lorsque la colère de Dieu se faisait sentir dans Rome où la peste[9] jetait partout le deuil. Ce grand saint, voulant apaiser le Seigneur, justement irrité, ordonna des processions générales ou prières publiques, durant trois jours. C'est ce qu'on appelle litanies septénaires, parce que le saint pape ayant rangé tous les fidèles en sept chœurs différents, les fit partir en même temps de sept églises, comme autant de processions. La confiance que ce grand pape avait en la puissante protection de la sainte Vierge, et, en l'intercession des saints ne fut pas vaine; le saint pasteur portait l'image de la sainte Vierge, celle que l'on croit communément avoir été peinte par saint Luc. Lorsqu'il fut près du môle d'Adrien, on vit un Ange qui mettait l'épée dans le fourreau, et dès lors le fléau de Dieu cessa; le château bâti à la place où se fit l'apparition a été nommé, en mémoire de cet événement, le Château Saint-Ange. L'on croit que ces processions ou litanies furent instituées le 25 avril, jour de la saint Marc, c'est pourquoi l'Église en fait l'anniversaire tous les ans en ce jour.
La fête de l'Assomption a été fondée en l'honneur de l'élévation de la sainte Vierge au Ciel. On la célèbre le 15 août. Cette fête existait dès le Ve siècle mais le vœu de Louis XIII ajouta beaucoup en France à sa solennité.
Autrefois, la Fête-Dieu, cette belle fête de l'institution de l'Eucharistie, longtemps continuée sous le nom de Pâques, en mémoire du grand Sacrifice de la Croix, comprenait les trois mystères de l'Eucharistie, de la Passion et de la Résurrection; le Jeudi Saint lui demeura consacré.
Ecoutons ce que dit le P. Eymard à ce sujet: «Les autres fêtes célèbrent un mystère de la vie de Notre-Seigneur, elles honorent Dieu, elles sont belles et fécondes en grâces pour nous. Mais enfin, elles ne sont qu'un souvenir, qu'un anniversaire d'un passé déjà lointain, qui ne revit que dans notre piété. Ici c'est un mystère actuel: la fête s'adresse à la personne vivante et présente parmi nous de Notre-Seigneur. On n'y expose pas des reliques ou des emblèmes du passé, mais, l'objet même de la fête qui est vivant. Aussi, dans le pays où Dieu est libre, voyez comme tout le monde proclame sa présence, comme on se prosterne devant lui. Les impies même tremblent et s'inclinent: Dieu est là.»