Le pape ne sut ce qu'il devait le plus admirer, ou du chef-d'œuvre de prières de Thomas, ou du chef-d'œuvre d'humilité de Bonaventure.
Plus tard, nous avons vu Santeuil, poète latin, compositeur de plusieurs hymnes, assurément très pénétré du mérite de ses œuvres, déclarer qu'il les aurait données toutes pour une seule des strophes de saint Thomas d'Aquin.
Urbain IV étant mort l'année qui suivit la publication de sa bulle, les luttes intestines des Guelfes et des Gibelins absorbèrent en grande partie ses successeurs. Quarante ans se passèrent ainsi.
Nous voyons cependant, dès 1246, Robert de Torote, évêque de Liège, ordonner à son clergé de célébrer dans tout le diocèse une fête du Saint-Sacrement, le jeudi après l'octave de la Pentecôte.
Il n'eut ni le temps, ni la joie de voir l'exécution de son décret, il mourut cette année même; mais, en 1247, les chanoines de Liège organisèrent, pour la première fois, la célébration de cette fête. Pendant plus d'un demi-siècle la fête du Très Saint-Sacrement ne dépassa guère les limites du diocèse de Liège. Dieu éprouve ses saints; la pieuse recluse du Mont Cornilion ne fut pas plus heureuse que l'évêque de Liège, elle mourut avant d'avoir vu réalisé le désir de toute sa vie.
La volonté du pontife Urbain IV est aujourd'hui bien remplie; le catholicisme n'a pas de fêtes plus chères aux cœurs des peuples que la Fête-Dieu. Cette fête, conçue par une des humbles de la terre, entraînera les rois, les magistrats, les guerriers pour assister à ses pompes et le jour que l'humble fille aura appelé de ses vœux deviendra l'un des plus beaux de l'année chrétienne.
II
Quelle fête charmante et superbe à la fois! c'est le propre des pompes de l'Église catholique de charmer le regard en touchant le cœur.
L'âme, se sentant apaisée, reposée, s'épanouit au souffle de la foi et de l'amour, c'est si bon de croire à la grande et longue vie de l'éternité.
C'est pendant ce mois de juin, radieux et ensoleillé, que l'Église célèbre la Fête-Dieu. Tout ce qui chante et sourit, tout ce qui brille et embaume dans la nature semblent s'unira l'homme pour rendre hommage au Maître Souverain. La piété embaume les âmes comme les fleurs parfument les airs.