Est-il plus beau spectacle que celui de la créature, faisant escorte à son Créateur, du chrétien suivant son Dieu, qui traverse les rues et les places au milieu de son peuple assemblé qu'il vient bénir?
Les villes et les hameaux sont en liesse et préparent avec ardeur la grande solennité. Les bourgs ont les arches de verdure et les rustiques autels, les jonchées de feuillage et de fleurs champêtres embellissant les chemins. Les villes ont les riches tentures aux crépines d'or enguirlandant les maisons, les tapis de mousse et de fleurs recouvrant les rues, les envolées de roses effeuillées se mêlant aux flots d'encens qui montent devant le Saint-Sacrement. Les cloches carillonnent à travers l'espace, rappelant à tous que c'est le bon Dieu qui vient répandre ses grâces. Les musiques se font entendre et alternent avec les pieux cantiques que chantent de leurs voix fraîches et pures les longues théories des jeunes garçonnets en habits du dimanche et les jeunes filles en blanches toilettes. Le suisse apparaît à son tour avec son habit chamarré de broderies, sa hallebarde, son tricorne et ses mollets des fêtes carillonnées…
Les bannières rutilantes des saints et les reliques précieuses sont portées avec respect par les hommes, la statue et les images de la Vierge, par les jeunes filles. Toutes les oriflammes sont déployées et les effets de lumière dans ce fouillis, où le métal chatoie dans le velours et le satin, éblouissent le regard.
Enfin, le Très Saint-Sacrement paraît dans son ostensoir d'or, ruisselant de pierreries, porté sous un dais de drap d'or, empanaché de plumes blanches, et qu'accompagnent de gros cierges lumineux, tenus par les membres de la fabrique.
Les angelots, couronnés de roses, vêtus de soie et de dentelle, les enfants de chœur en soutanes violettes et rouges revêtues d'aubes transparentes et brodées, les diacres en dalmatiques et le clergé dans ses chapes d'apparat, les magistrats en robes rouges, fourrées d'hermine, les facultés dans leurs costumes chamarrés, l'armée avec ses uniformes galonnés présentent un imposant cortège[10].
Le peuple recueilli suit en foule pendant que toutes les fenêtres ouvertes se remplissent de fidèles respectueux, agenouillés, jetant aussi des fleurs pour prendre part à cette grande manifestation en l'honneur du Christ.
Oui, on peut le dire, les rues pavoisées, enguirlandées, plantées d'arbres verts et de colonnes de mousseline blanche, se sont métamorphosées en voies triomphales.
Les reposoirs sont là, attendant la divine Eucharistie. En général ils sont faits avec beaucoup de goût, pieuse concurrence bien permise, n'est-ce pas? et de tous ces beaux autels élevés par la piété, on ne sait auquel donner la préférence. Ils sont attrayants puisque tous sont appelés à recevoir pendant quelques instants le Dieu d'amour qui veut bien résider parmi nous.
C'est un éblouissement, c'est une fête pour les yeux que ces cortèges, que ces autels où dominent la pourpre et l'or.
«L'or qui est la lumière…
La pourpre qui est le sang et la vie!»